el_bruto_1_Il est clair que la traduction française semble un tantinet à contre-courant du titre original. Bon je vous explique: la brute est un type de deux mètres qui bosse dans un abattoir (c'était ça ou vendeur de porcelaine) attaché au service de Don Andrès (qui serait le père illégitime que ça métonnerait guère). Le Don veut évincer une douzaine de familles (à vue de nez) d'un lotissement qu'il possède, seulement ces derniers font corps pour résister. La femme de l'Andrès, Paloma, l'enjôooooleuse donc, lui glisse à l'oreille l'idée de se débarrasser des leaders du mouvement de protestation, aussi simple à faire que de couper les queues des quatre fleurs qui dépassent de sa jardinière (clic,clic, clic, clic, ça c'est fait). Le Don fait donc appel à la brute qui d'une pichenette enverra au tombeau un des leaders déjà bien malade... Tout se compliquera quand Paloma enjolivera la brute et quand la brute de son côté tombera amoureux de Meche, la fille du leader décédé. Je vous laisse deviner la fin ultra-tragique, le créateur et sa créature (le truand Andrès et sa brute) faisant les frais de la jalousie de la Palooooommmma. Il y aurait bien un poil de Frankenstein derrière cette histoire-là, un Frankenstein qui ne connaît point sa force mais qui a un ptit coeur qui bat.

Buñuel est toujours parfait pour mettre en scène les nombreuses séquences familiales, avec moult gamins01_elbruto_1_ qui courent, vieillards alités, et les cris et les baffes qui volent. Il excelle surtout à montrer toute la sensualité de la Paloma qui après avoir titillé la brute en bonne et due forme, s'offrira un soir, telle une communiante, les yeux fermés sur son lit. Rah, encore et toujours l'attraction fatale des femmes, et l'histoire d'un homme écartelé entre une sexualité bestiale sans amour et une vie amoureuse tranquille sans tambour (c'est juste pour la rime et l'équilibre): pauvre brute qui finira abattu comme un chien devant les yeux des deux femmes qui l'ont aimé - que la vie est cruelle mon dieu. Un Buñuel mexicain enlevé, avec en fond, une histoire relativement classique.

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