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Cet ancien assistant de Mizoguchi réalise une nouvelle fois une pure merveille dans ce film dénué de tout dialogue: juste les bruits de la nature et quelques chants viennent ponctuer ce film d'un panthéisme hallucinant. Il a voulu réaliser, dit-il au dos de ma jaquette, "un poème cinématographique pour essayer de capter la vie des êtres humains qui combattent comme des fourmis contre les forces de la nature". Le moins que l'on puisse dire c'est que le résultat est bluffant.

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Un couple vit avec leurs deux enfants sur une minuscule île, le problème étant... l'eau. On suit pendant près d'une demi-heure ce couple faisant des va-et-vient en bateau, de nuit comme de jour, entre leur résidence et la terre, d'où il ramène à chaque fois quatre seaux d'eau sur leur dos, porté par une musique qui rappelle un poil la Force du Destin de Vivaldi. Alors je vous vois venir: c'est mortel? Et ben po du tout, parce que tous les cadres, tous les mouvements de caméra sont au millimètre et ce ballet incessant de ces deux individus qui triment comme des boeufs pour remonter la pente et arroser leur culture en devient quasi-hypnotique, le spectateur serrant des dents à chaque fois que l'un des deux risque de trébucher. A la 28ème minute, c'est le premier incident de course: la femme glisse, un seau tombe, elle rattrape in-extremis le second; son mari s'approche calmement d'elle et lui retourne une baffasse qui la projette à terre. L'incident est clos. Après l'été, les saisons s'enchaînent, petites festivités en automne, hiver rude où il faut continuer de constamment de défricher, printemps pluvieux où il faut aller ramasser des algues... Les deux garçons pêchent un gros poisson qu'on va s'empresser de vendre en ville, fiesta, c'est le resto annuel, on se prive po sur le riz et l'eau (le Jap reste sage). Et puis après 1h02 de jeu, c'est le drame: l'aîné tombe malade, fiêvre, mort subite. Les enfants de l'école viendront assister à son enterrement, les parents pipent rien. Sauf la femme qui, un jour, alors que l'été est revenu, décide de renverser volontairement un seau et d'arracher de rage quelques plans d'ignames (je dis "igname", pour faire bien, c'est peut-être des carottes, hein...). Le mari reste stoïque cette fois-ci, la femme se calme et reprend son ouvrage. Le film se termine sur une vue aérienne de l'île (sublime) et l'on se rend compte pour la première de la taille minuscule de l'îlot. Scotché.

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