18441680Le dispositif de Je ne suis pas là pour être aimé est assez radical, et c'est pourquoi le film finit par emporter l'adhésion que dans les dernières minutes, quand on comprend enfin le pourquoi du comment de ce style pastel, un peu absent. Il faut dire que les personnages sont eux-mêmes complètement banals : de l'huissier de justice qui passe à côté de sa vie à la jeune femme en instance de gâcher la sienne par un mariage douteux, du fils fan de plantes vertes qui tombe doucement dans ses petites habitudes à la secrétaire qui ne vit que pour son chien, du père qui compense sa solitude par un comportement de râleur insultant au vieux beau dragueur du dimanche, on peut dire que Brizé s'intéresse aux tout petits caractères, à cette incommunicabilité insupportable qui fait qu'on peut rater son existence sans violence, tranquillement.

Une fois ce sujet mis en place, Brizé a un peu de mal à relancer sa machine : trop de répétitions (les scènes de tango se ressemblent et disent toujours la même chose), une symbolique un peu lourde (la plante qui meurt, les escaliers inlassables que gravit l'huissier, le18441677s coupes de tennis qui représentent une enfance ambitieuse perdue...) et quelques traits de scénario très appuyés gâchent la subtilité fragile de son thème. On ne s'ennuie pas, grâce à un rythme parfait et des acteurs tout en finesse (Chesnais est vraiment très bien), mais on a un peu l'impression qu'on est dans un court-métrage gonflé en long, et on craint que Brizé n'ait rien d'autre à dire que ça : les huissiers de justice ont du mal à dire leurs sentiments...

Et puis, petit à petit, Je ne suis pas là pour être aimé se déploie, devient touchant, émouvant en diable, surtout dans sa dernière demi-heure. Les personnages sortent un peu de 18441676leurs rails, se dessinent avec plus de force. La violence "lente" de certaines scènes emportent le morceau (l'engueulade sur le père figé dans son malheur, la révélation de la secrétaire, la reprise en main de Chesnais), et on sent son coeur qui se serre avec émotion. On est loin du grand film, on est dans les minuscules choses de la vie qui font mal, dans la mélancolie ordinaire, dans le spleen nuancé. Mais sur ces couleurs passées, Brizé arrive à poser un discours juste sur la nécessité de gérer sa vie, de dévoiler ses sentiments, de réagir face à ce monde glacé. En fin de compte, on ressort du film touché au coeur, pas révolutionné par quoi que ce soit, mais avec une petite larme au bord des yeux. Joli film, au finish.