005084_afOn est là dans le film très class, qui n'apporte certes pas grand-chose à l'histoire du polar, mais qui y contribue avec élégance et métier. Avec un scénario d'un classicisme à la "Série Noire", Clark écrit son film le plus linéaire et le plus narratif : deux petits junkies sont placés sous l'aile dangereuse d'un vieux de la vieille du crime (James Woods) qui les entraîne sur la piste du business de braquage de bijouterie et du vol d'amphétamines. Après une première moitié où tout est nickel, où les deux jeunes tourtereaux connaissent effectivement un avant-goût du paradis (fric, drogues, sexe), le film bascule bien sûr dans l'enfer (coups foireux, meurtres et désolation). Encore une fois, Clark profite de ce scénario pour parler de l'adolescence, et plus particulièrement de la perte des repères familiaux : c'est en effet à la reconstitution d'une famille brisée que nous assistons, une famille certes trash et déjantée, mais une famille faite de codes moraux (justice paternelle, complicité maternelle, sens du sacrifice, etc.). Ce n'est pas la partie la plus intéressante de ce Another Day in Paradise, un peu trop attendu de ce côté-là, malgré la prestation subtile d'une Melanie Griffith en mère droguée et celle toute en classe de Woods.

C'est plutôt dans sa tension que ce film plaît : Clark sait parfaitement filmerpaulhipp le bonheur, l'amour, le désir, pour ensuite serrer une scène de violence, opposer la douceur de la dolce vita à l'âppreté du crime. On sait d'avance tout ce qui va se passer dans la vie de ces deux ados sur la mauvaise pente, tant les chemins du polar sont balisés depuis longtemps ; mais Clark arrive à rendre son film haletant en enchaînant très finement ces tableaux aux couleurs vives. Les acteurs sont très bien, et rendent justice à l'aspect direct du film. On le sait, Clark sait filmer le sexe (très belles scènes de soumission joyeuse, dialogues bien écrits dans leur grossiereté) et l'état physique que procurent les paradis artificiels (le jeune comédien, Vincent Kartheiser, est parfaitement crédible dans ses scènes alcoolisées ou droguées) ; on découvre cette fois son talent pour raconter une histoire, et pour rendre captivant un récit pourtant déjà connu par coeur. On confirme également que ses choix musicaux sont toujours aussi justes, avec cette fois un catalogue de chansons blues qui apportent une touche de raffinement supplémentaire au film ("Every Grain of Sand" est définitivement une des plus grandes chansons de Dylan).

C'est dommage que sur cette histoire d'un beau classicisme, sa réalisation ne soit pas toujours fluide. C'est même parfois carrément maladroit. On sent que certains de ses effets sont ratés, mais c'est curieux de vlifestill5ooir qu'il les a tout de même laissés à l'écran. Par exemple, un des derniers plans montre Woods et Griffith dans une voiture, puis la caméra s'envole par dessus la maison qui se trouve derrière eux, et cadre un champ dans lequel le héros s'enfuit en courant. Du moins, ça, c'est ce qu'on voudrait voir. En fait, le mouvement s'arrête à mi-chemin, sûrement parce que sa complexité n'a pas vraiment donné grand-chose. Pourtant Clark le garde au montage tel quel, pas fini, coupé avec les dents, comme s'il refusait de renoncer à une idée même ratée dans sa réalisation. C'est pareil pour les quelques plans de "caméra bousculée" dans les scènes de boîte de nuit ou d'overdose : ça ne rend rien, mais on garde...

A part ces étrangetés de montage, Another Day in Paradise est un très bon polar à l'ancienne, moins expérimental que les autres films du Larry, mais d'une facture franchement class.