film1_01Je ressors complètement ébloui de ce premier film de AK, alors que je m'attendais à une oeuvre mineure. C'est non seulement un immense film, mais aussi, je l'affirme haut et fort, un des plus grands Kurosawa. Bon, de toute façon, j'adore quand le pépère fait dans le combat agrémenté de force "Yaaaar" et de moults "Bouwaaa".

Où trouver le moindre défaut là-dedans ? Allez, peut-être, pour chercher la petite bête, dans la curieuse construction du récit... mais même pas, puisqu'il paraît que les producteurs de l'époque ont massacré le film au montage, et qu'une partie a été perdue. A part ça, tout est merveilleux. A commencer par la narration de l'apprentissage du jeune chien fou Sugata pour trouver la "Voie de l'Homme" : lui qui croyait qu'il faut se battre comme un con découvre que la vraie direction du judo se trouve dans un lotus flottant à la surface d'unsugatasanshiro4 étang. Cette découverte va le suivre toute sa carrière, puisque la légèreté et la bienveillance vont devenir ses mots d'ordre pour affronter ses ennemis. Par cette idée de beauté toute simple, Kuro remplace ce qui aurait pu être un banal film d'arts martiaux par un plaidoyer pour la poésie, et du coup s'en donne à coeur joie dans les motifs naturels : un combat dans les joncs balayés par le vent sifflant (Dersou Ouzala est sûrement planqué pas loin), une pause de temps suspendu devant la beauté d'une femme qui prie, un petit train qui file dans la fumée, une aube qui se lève... Le film prend son temps pour raconter, à l'image de ces techniques de combat hallucinantes, qui s'apparente plus au tango qu'à une bataille, où les corps ondulent doucement, serrés l'un photo02contre l'autre, pendant des heures. L'affrontement entre Sugata et le vieux maître de jiuji-tsu est un pur bonheur de rythme, avec cette douce embrassade qui débouche brusquement sur des pics de mouvements et se termine en image figée, un homme à terre, l'autre en bout de mouvement... Kurosawa ralentit encore plus et utilise le ralenti pour montrer un pan de mur qui tombe lamentablement sur un combattant vaincu, ou un homme qui s'écroule dans les joncs. Aidée par une musique superbe, la mise en scène fait la part belle à ces instants de combat très loin de toute violence, où les seules accélérations consistent à retomber doucement sur ses pieds. Il y a là quelque chose de la naissance du cinéma, un art de la cinétique, dirais-je pour faire le mariole. L'acteur principal est d'ailleurs bluffant : on dirait qu'il est privé de poids. Aérien et joyeux, il traverse le film avec une grâce étonnante.

Même dans les moments plus calmes, Kurosawa porte une attention constante aux petites choses de la vie,sanshiro1 à l'amour, à la fraternité, à l'attente. Les courtes scènes, montées très serrées, où le héros tombe petit à petit amoureux, sont mignonnes comme tout : le gars lace la cothurne de sa bien-aimée, et malgré le noir et blanc, on sent le rose sur les joues. Alors AK se détourne et filme négligemment (mais coquinement) la pointe d'une ombrelle, la pluie qui tombe subitement, une barrière de bois, avant de recadrer en plan large et amoureux le couple troublé. La Légende du Grand Judo a la simplicité, la pudeur et la beauté de la vie. Ah, Kuro, je t'aime.   (Gols - 05/01/07)


sanshiro102girl_1_Ca me rassure quand tu me dis que le film a été censuré, des pans de l'histoire restant assez obscurs, avec en plus (dans ma version) des sous-titres en anglais "petit nègre" à partir du chinois, bref, il faut vraiment que ce soit un grand film pour pas que cela soit un massacre au final. Bref, juste 2-3 petits ajoûts à la chronique de mon camarade: tu parles du plan coquin sur la pointe de l'ombrelle mais juste avant il cadre l'ombrelle fermée du héros avant de cadrer l'ombrelle ouverte de sa promise - sexuellement c'est digne d'un Hitch quand le train s'engouffre dans un tunnel... Il y a également au début ces magnifiques plans sur la chaussure du tireur du pousse-pousse qui reste abandonnée et que AK met en scène dans 4-5 plans différents pour nous montrer le temps qui passe - essentiel... Le travelling auparavant sur les assaillants et sur les mouvements de tête du maître qui désigne un de ses disciples sont tout aussi pêchus au niveau du montage. Le ballet qu'entame les deux hommes lors du combat sur tatami est également d'une poésie terrible. Quant à l'ultime combat, pareil, j'ai pensé à Dersou Ouzala bien qu'on soit dans un tout autre contexte. Vais enchaîner sur le 2 dans les prochains jours en espérant que les problèmes techniques ne sabrent pas trop l'original (à quand une version remastérisée, director's cut???? On devient exigeant avec l'âge...)   (Shang - 23/03/07)

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