Sans_titreEncore une fois, après le brillant Homecoming, Joe Dante fait sa caillera, et sert un film politique et très tenu dans son fond et dans sa forme. Même s'il n'atteint pas l'extrémisme jouissif du premier opus, The Screwfly Solution est à nouveau un film très engagé, qui va puiser son scénario dans les programmes politiques plus que dans les bêtes cahiers des charges des films fantastiques.

Un mystérieux virus contamine les hommes, qui transforment subitement leurs pulsions sexuelles en pulsions meurtrières. Du coup, les femmes deviennent les victimes des hommes, et sont pourchassées puis éradiquées sans scrupule. Tout ça sous le1 contrôle d'une mystérieuse religion qui rêve de destruction totale de la race humaine. Sur le papier, c'est vrai que c'est improbable ; mais ça fonctionne parfaitement bien, grâce comme toujours à la frontalité du traitement de Dante, à sa croyance totale en son sujet, et au fait qu'il est l'un des seuls réalisateurs d'horreur à savoir se débarrasser des ficelles inhérentes au genre pour se concentrer sur son seul discours. Direct, sans fioritures, son film va droit son chemin, renvoie dans les roses la virilité (les militaires qui ont peur de perdre leur caractère propre en se faisant castrer), l'intégrisme religieux (ces femmes humiliées, violées, niées rappellent bien quelque chose quand même), les rapports familiaux (le père de famille devient l'ennemi n°1) et la notion même d'humanité.

C'est vrai que le film m'a un peu perdu dans ses dernières minutes (une vague histoire d'anges que je n'ai pas vraiment comprise, et qui me semble en trop), et qu'il manque un peu de l'humour habituel du gars pour emporter complètement l'adhésion. Mais dans sa façon de raconter son histoire en toute sincérité, sans cacher ses intentions, dans son soin constant aux lumières et à la profondeur de ce qu'il raconte, et dans ses choix de sujets, Dante s'affirme encore et toujours comme un grand cinéaste ; et sûrement le cinéaste américain le plus politique du moment.