high_20noon_20crane_20shotOn est dans le classique des classiques avec ce film, qui semble être comme la matrice des westerns modernes (Leone, Eastwood). La grande qualité de ce High Noon, j'imagine que je ne vous apprends rien, c'est le rythme. Aucune action ou presque pendant 1h10, puis une sorte d'emballement de la trame sur 10 mn, emballé c'est pesé. Il a dû falloir un sacré courage à Zinnemann, et une bonne dose de persuasion auprès de ses producteurs, pour imposer ce temps suspendu, ces images sur une ville morte, assagie, où tous les hommes sont devenus des lâches, des bons pères tranquilles. Tout en maintenant le suspense à son plus haut niveau (par des plans inlassables sur une pendule qui se rapproche inéluctablement de la fatidique heure deHighKlok midi), le réalisateur préfère filmer ces temps de latence, où un homme (Gary Cooper) tente de constituer une équipe pour stopper un tueur qui arrive en ville. La construction du récit est vraiment originale, avec ces alternances entre les trois tueurs qui attendent le train (ça rappelle quelque chose, non ?) et le lente quête du héros qui demande de l'aide devant des portes closes. Les plans sur les rues désertes, les longs silences embarrassés des habitants, et le flegme du Gary, font glisser tout doucement High Noon vers une esthétique épurée du meilleur effet : ce n'est pas tant la fusillade finale qui intéresse le gars ; c'est plus cet abandon, cette solitude du héros, ce caractère presque métaphysique aux prises avec la trivialité de la vie et la phigh_noon_05erte de l'honneur.

Abandonné par Grace Kelly, rossé par ses anciens amis, incompris de son idole, Gary Cooper s'affaisse de plus en plus, et là est la plus grande beauté de ce film : dans les gestes quasi-chorégraphiés de son personnage. On sait que Cooper est une présence incroyable sur un écran ; ici, chacun de ses mouvements, chacun de ses déplacements, chacune des épreuves qui se grave sur son visage triste sont calés au millimètre, deviennent d'une photogénie hallucinante. D'autant que Cooper n'est pas le seul à être traité ainsi : si on observe le jeu du jeune Lee Van Cleef, dans un rôle secondaire, ainsi que celui de la superbe Katy Jurado, on voit bien comment Zinnemann ne se contente pas de raconter une histoire. Il grave ses personnages da03ns l'éternité, les transforme en icônes en direct. Il y a quelque chose qui a à voir avec la danse là-dedans, avec la grâce des corps en tout cas. Le final, absolument génial, place ces corps dansants dans des espaces vastes et mathématiques, invente des axes inédits entre les protagonistes, organise toute une architecture, trace des traits, des diagonales ; tout ça grâce aux acteurs, donc, mais aussi à la grande invention de la caméra, qui use des plongées et des plans larges en virtuose.

Délibérément à part dans l'histoire du western, High Noon gagne sans problème ses galons de classique. Le petit thème musical reste en tête (d'accord, il est joué 14213 fois dans le film, mais même), comme ces images radicales beaucoup plus modernes que la plupart des films modernes.