KOMA_204

Ah la la, on n'était pas si loin du bon film avec ce Koma ! Il aurait juste fallu que Chi-Leung soit un peu plus rigoureux sur le dispositif mis en place, et qu'il se repenche quelques jours de plus sur son scénario, et on aurait atteint le thriller efficace à l'ancienne, quelque chose proche du Single White Female de Schroeder. C'est ballot.

koma13Contrairement à ses collègues hong-kongais parfois assez soûlants, le gars tente, dans les meilleures scènes du film, de se passer des effets habituels du genre : ici, pas de "Woooouuf" à chaque changement de plan, pas de violons stridents sur chaque ombre, pas de petite fille aux cheveux mouillés qui passe à tout bout de champ. Law filme dans le calme, sans en rajouter, persuadé que le seul récit, allié à une mise en scène relativement subtile, suffiront à faire monter la pression. Et effectivement, Koma est assez tendu, disons comme un efficace film du dimanche soir. La musique, parfaite, très travaillée pour une fois dans ce genre de production, soutient bien les scènes de suspense, et les actrices sont très convaincantes. Bref, on est dans le film d'artisan modeste, consciencieux, et plus attiré vers Hitchcock que vers Tsui-Hark. Et ça fait du bien de voir un film asiatique qui se pose un peu.

Malheureusement, on déchante vite devant les invraisemblances totales du scénario, invraisemblances quiKOMA_205 ne sont jamais compensées (comme chez Hitch) par des élans poétiques qui pourraient les justifier. On assiste en vrac à une auto-ablation d'un rein, à un arrachage de dent sur personne endormie (sans qu'elle se réveille, ben voyons), à un choc frontal en voiture qui ne semble pas gêner la conductrice, à un va-et-vient incessant entre victime et coupable... On ne sait plus où donner de la tête, d'autant que, dans la façon de raconter, le gars Law va à 200 à l'heure, évacuant sans vergogne les moments de transition pour se concentrer uniquement sur les "pics". L'héroïne reçoit un coup de fil menaçant, cut, juste après la menace est mise à éxecution, cut, juste après on découvre la coupable, cut, juste après elles deviennent amies, cut, etc... Ce style télégraphique, s'il est efficace pour le rythme du film, affadit les caractères, et du coup, ben oui c'est le piège, on n'a jamais peur pour la donzelle. Le manque d'épaisseur du personnage nous empêche de trembler pour elle. De plus, Law cède malgré tout trop souvent aux scènes à effet (filmer à travers le tuyau d'un évier, faire passer des silhouettes inquiétantes en fond d'écran, image bleue ou verte assez moche...), surtout sur la fin, et on retombe doucement dans la léthargie du film de Hong-Kong classique. A suivre, peut-être, si Law parvient à affirmer sa voix d'artisan et à ne pas céder aux modes.