505208_1_Critiques très partagées pour ce film qui, autant le dire tout de suite, est vraiment boursouflé... Relier quatre histoires ensemble sur 4 pays et trois continents, pourquoi pas, mais partir du fait qu'un chasseur japonais (bon je veux bien, on va dire que ça existe) a donné son fusil à un guide marocain (beau geste) qui l'a refilé pour 500 dirham et un bouc (j'invente rien) à un berger qui l'a donné à ses deux gamins pour qu'ils tuent trois chacals (bon) qui s'exercent en tirant sur un bus de touristes à 3 km et blessent la femme de Brad Pitt (pas de bol) pendant que les enfants de ce même couple sont gardés par une Mexicaine (illégale depuis 16 ans aux Etats-Unis) qui décide d'aller au mariage de son fils à Mexico (c'est bêta) et qui sur un malentendu à la frontière perd les deux gamins dans le désert (Même dans Troy Brad Pitt a eu de meilleures journées), Lelouch ferait la même chose qu'on le mettrait directement dans un asile - et je parle de Lelouch d'autant qu'il y a un nombre incroyable de scènes clipesques (pas de dialogue mais de la musique sur 5 minutes): certes visuellement beaucoup plus réussi que n'importe laquelle de notre maître à penser (je déconne) - le mariage aux Mexique, les déambulation d'une sourde et muette japonaise en boîte (oui j'ai simplifié dans le résumé, pas salaud), l'élevage du mouton au Maroc (eheh) - mais est-ce bien raisonnable????

Certes, on voudrait nous faire croire qu'Iñárritu parle du manque de communication, ou en tout cas de la difficulté à communiquer (entre une fille et son père (elle est muette aussi, c'est pas évident), au sein d'un couple (parfois, même quand on est marié avec le Brad, c'est po facile) entre les bergers et les moutons)) à l'ère de la globalisation mais c'est justement là que le bât blesse: on nous présente chacun des pays concernés sous une tonne de clichés (pas facile d'avoir une ambulance au Maroc, mais les gens sont gentils et refusent la thune de Brad Pitt; au Mexique c'est le bordel mais alors qu'est-ce qu'on sait bien faire la teuff!!!; au Japon les jeunes filles ont des jupes très courtes mais c'est pas toujours facile de trouver l'âme soeur...). Je voudrais pas être mauvaise langue (Prix de la mise en scène à Cannes attention, des mains du Wong Kar Wei tout de même), d'autant que l'on suit gentiment ce film de 2h20 d'un oeil morne mais vaillant, mais n'aurait-il point cherché à en faire un peu trop des tonnes dans le pathos et la complexité scénaristique l'Iñárritu?!?!?! A côté Traffic ou Crash semblent aussi linéaires que le petit Chaperon Rouge. Le pire, et je dis cela pour lequel le sujet tarauderait, mais pourquoi donc Brad Pitt et sa femme étaient-ils vraiment fachés au début de l'histoire, pourquoi la jeune Japonaise a menti au sujet de la mort de sa mère? Laisser ces pans de l'histoire aussi ouverts quand on a été aussi démonstratif pendant plus de deux heures, c'est à la limite de l'honnêteté.

Vous pourrez lire aussi plein de critiques gentilles et complaisantes ailleurs et pas de doute que ce film sera présent dans de nombreux top 10 à la fin de l'année. Devrais peut-être faire un blog sur la cuisine...   (Shang - 03/12/06)


babel1"Vous pourrez lire aussi plein de critiques gentilles et complaisantes ailleurs", disait mon confrère sur ce blog à sa vision de Babel. Pourquoi chercher "ailleurs" quand on peut trouver à la maison ? Je sors absolument emballé et bouleversé de ce film, et m'inscris en faux contre à peu près toutes les allégations du confrère cité.

Bien sûr que le scénario est improbable, et bien sûr qu'on y croit pas une seconde. C'est juste qu'Iñárritu, dans ce film comme dans ses précédents, travaille sur l'allégorie, sur la fable. Ces histoires qui s'entremêlent à travers le monde sont une image inspirée de la globalisation, de ce qui fait l'universalité de la violence à travers les cultures (violences physiques et psychologiques). Il n'y avait pas plus de cohérences dans La Ronde d'Ophüls, qui travaille un peu sur le même principe. Iñárritu crée un brillant plaidoyer sur la responsabilité des hommes face à leurs actes, face à leurs vies. Babel, toujours fascinant, toujours tendu, d'une tristesse terrible, est aussi, donc, un manifeste18644577 politique : à travers ce fusil qui entraîne la mort, la solitude, la perte d'amour, l'exil, c'est l'histoire d'un monde terriblement dur qui est traitée. Enfin un cinéaste qui ose tresser des liens entre les hommes, quels qu'ils soient, et ce en évitant pratiquement tous les pièges d'une mondialisation des images, d'une subjectivité pleine d'à-priori qui aurait pu plomber le film.

Non, Babel ne déploie pas d'images de cartes postales, et on pourrait répondre aux soit-disants clichés énoncés par mon collègue par autant de plans surprenants, décalés par rapport à notre attente. Le Japon (la partie la moins réussie) était autrement plus clicheteux dans Lost in Translation (à juste titre, je dis pas) ; le Maroc est magnifiquement compris, d'abord dans son étrangeté (le regard des touristes dans le village au début), puis dans sa rudesse, et c'est 18612883une grande idée d'y avoir placé nos deux starlettes (Pitt et Blanchett) qui n'arrivent pas à obtenir un Coca Light, clichés à eux tout seuls ; le Mexique est filmé dans ses déserts, dans sa mocheté. Quant au mariage mexicain et à la boîte de nuit japonaise, ce sont effectivement deux des sommets du film, tant Iñárritu arrive à nous prendre dans cet univers, à nous y faire pénétrer intimement.

Le prix de la mise en scène cannois est on ne peut plus justifié : l'immense dispositif mis en place ne cède jamais devant l'intimité d'un visage, devant les rythmes en rupture de l'ensemble, devant l'émotion qui se dégage d'un pays, d'une voix. C'est un voeu pieux, mais Babel fait partie de ces films dont on souhaite qu'ils ne sortent jamais en DVD, tant Iñárritu utilise son écran avec génie. Le film est splendide, remarque assez plate, mais que dire de plus devant cet enchaînement de paysages parfaitement18644580 cadrés (les rues japonaises, les montagnes marocaines, les no man's lands mexicains) et de gros plans où le grain de la peau des acteurs s'incruste dans le regard. Le gars Alejandro a fait un film énorme en restant à 3 cm de ses comédiens, qui dit mieux ? Ah oui, pour ce qui est des questions sans réponse énoncées par mon collègue : "Pourquoi donc Brad Pitt et sa femme étaient-ils vraiment fachés au début de l'histoire ?" : parce qu'il a fui devant ses responsabilités à la mort de leur fils. " Pourquoi la jeune Japonaise a menti au sujet de la mort de sa mère?" : pour attirer l'attention de son père sur sa volonté de se suicider (bon, là, faut l'avoir vu).

Bref, ce film est franchement bouleversant. Bien vu, Wong Kar-Wai : Iñárritu sera bientôt un très grand.   (Gols - 11/03/07)