m11Je ne sais pas, j'avoue que je ne sais pas... Marie-Antoinette est assez réussi par certains côtés, et raté par d'autres. On va alors dire que c'est un film très inégal.

Ce qui est raté, et quitte à passer pour un garçon qui s'enferme dans les genres, c'est que les tentatives de mêler reconstitution historique et musique pop ou electro ne fonctionnent pas. Il y a quelque chose de trop ostensible là-dedans, un effort trop apparent de faire moderne. Ca ne fonctionne pas, tout simplement. C'est d'autant plus dommage que Coppola arrive parfois à trouver une modernité dans sa façon de faire, mais presque par accident, dans des détails : Marie-Antoinette fait de la buée sur les vitres de son carrosse, ou prend une pose alanguie, et on sent ce qu'il y a de contemporain dans la vision de Sofia Coppola. Mais ces jolis détails sont perdus dans une attitude trop voyante de "faire moderne".

Autre déception : la caricature vraiment très grotesque de l'Histoire de France. Si le cliché fonctionnait trèsm2 bien dans Virgin Suicides, puisqu'il était le sujet même du film, ici ces stéréotypes passent pour du bâclage : le jeu de Kirsten Dunst est trop inspiré des figures de presse féminine, les différences entre attitudes à Versailles et attitudes à Vienne virent à la caricature, Louis XVI est trop surjoué et sur-ridiculisé... Et surtout l'arrivée de la Révolution là-dedans est ridicule : Sofia ne comprend rien à l'Histoire, définitivement. Pas si grave, me direz-vous... Ben si, quand son film se veut plus qu'un portrait de femme, quand il revendique une vérité historique. Elle aurait dû rester au simple personnage de Marie-Antoinette, ce sont les plus beaux passages du film. Là, on finit par éprouver un léger malaise quand on comprend que Coppola a voulu certainement montrer que : certes, les riches au XVIIIème sont coupés des réalités du monde, mais qu'eux aussi ont un petit coeur qui bat, des aspirations romantiques et des éblouissements devant un soleil qui se lève. En fait, je me demande si je n'en ai pas eu rien à foutre de ses personnages. Marie-Antoinette est définitivement un film américain, dans le mauvais sens du terme.

m3Ce qui est réussi, ce sont quelques flashs, quelques plans, quelques idées, instants fugitifs où on se dit que là, oui, elle a compris son sujet. Une certaine façon de placer son personnage au centre d'un dispositif qui lui échappe ; un portrait de femme déplacée ; des détails de poses de regard, de gestes inconscients ; une ambiance réussie sur des paysages de pluie, aidée par une photo assez étrange, entre le flou artistique des années 70 et la crudité d'un Rossellini ; un rythme assez doux, qui prend son temps pour amener les émotions ; une palette de couleurs très joliment pensée (avec mention pour les milliers de gâteaux qui sont comme des récurrences visuelles dans le film) ; et certains plans, voire scènes entières, qui sortent du pur scénario pour ne montrer qu'un état, un sentiment, et ce par la seule magie du mouvement. Magnifique plan notamment sur Kirsten qui court à minuscules pas dans les couloirs de Versailles, qui fait que l'image apparaît comme tremblante. Dans ces moments-là, dans ce portrait de femme assez émouvant, dans ces plans modernes sans vouloir l'être, on retrouve la Sofia Coppola de Lost in Translation. On voit que la réalisatrice ne devrait filmer qu'en gros plans, en faisant le point sur des personnages, et non sur un univers dans son entier. Coppola n'est pas une cinéaste de cinémascope... Et on se dit finalement que Marie-Antoinette, bien qu'un peu décevant quand on pense à l'intelligence formelle de ses deux brillants prédecesseurs, est un film très "logique" dans la carrière de la cinéaste. Un jalon déceptif mais nécessaire pour embrayer sur autre chose. On verra.   (Gols - 02/06/06)


18461957_1_On est bien d'accord que le film ne fonctionne pas vraiment, noyé qu'il est dans une débauche de moyens (rah, sacré Francis, il y a des gènes qui se perdent po) qui pour être relativement spectaculaires apportent que dalle au récit. La musique moderne ne m'a point tant gêné que ça, la grosse déception venant du côté de ce portrait de femme: elle est perdue puis frustrée, fait des mines puériles, puis s'organise des chtites parties destroy, s'ébat dans la campagne, bon c'est bien gentil tout ça mais psychologiquement (plus en tant qu'adolescente qu'en tant que Marie-Antoinette, l'aspect historique semblant vite passé aux oubliettes) on apprend absolument rien du tout sur elle, alors que c'était un peu, me semble-t-il, la volonté de Sofia Coppola au départ de ce projet. Il n'y a à la limite que dans le cauchemar, avec ce très joli travelling arrière lorsque ses dames de compagnie la quitte et qu'elle se retrouve dans l'obscurité la plus totale, qu'elle devient touchante, sinon on a plus l'impression d'un portrait d'une gamine ultra gâtée version année 200marie_1_0 (des réminiscences de ton enfance Sofia... voire le raté "My Life without Zoe", segment de New York Stories réalisé par le pater) que d'une ado sans repères dans un contexte historique qui a du poids, tout de même. De jolis plans certes volés au hasard qui se situent en dehors de toute progression narrative, un peu comme dans un clip quoi... C'est pas complétement soporifique, juste un peu vain. Mention particulière soit dit en passant pour Jason Schwartzman, en Louis XVI, qui fait une composition très sobre avec toujours une grande légèreté et une pointe d'ironie. Bon.   (Shang - 09/03/07)