18395912Bon, on va pas se la raconter, on n'est pas dans le film le plus bouleversant de la chrétienté, c'est du Rohmer. On est plus dans le raffinement Rive Gauche que dans la fête à la saucisse de Colmar-village. Mais bon, si on accepte le truc, La Collectionneuse est plutôt pas mal. Dans sa forme éternellement "début de siècle", Rohmer fait se rencontrer en un jeu assez pervers deux mondes opposés : l'intellectualisme cynique et brillant du dandy (Patrick Bauchau) et la minéralité naturaliste de la croqueuse d'hommes (Haydee Politoff). C'est donc un des films somme de Rohmer, puisqu'il réunit en un seul temps les deux aspirations du gars. Et les deux aspects sont parfaitement traités. D'un côté, on a droit à de jolies pauses sur des algues, sur un arbre, sur une lumière le long des murs de Ramatuelle, sur un paysage, sur des cris d'oiseaux (belle construction de la campagne par le seul biais des sons, d'ailleurs), qui montrent que Rohmer n'est pas seulement ce cérébral parisien enfermé dans sa tour d'ivoire, mais aussi un artiste charnel et observateur du monde ; de l'autre côté, on a droit aussi à de brillantes dissertations sur les cheminements intérieurs du jeune intello de base, qui tombe progressivement sous le charme de la donzelle. Soutenus par18395914 une voix off à la Henri-Pierre Roché (si je peux me permettre), les discours du gars brassent des concepts philosophiques intéressants, et la présence à l'écran des livres de Rousseau ou des romantiques allemands est en ce sens bienvenue. Bon, j'avoue que parfois le film frôle le ridicule dans cette volonté affichée et sérieuse comme un pape de théoriser le moindre micro-évènement. Sur les 80 minutes du film, le principe ne tient pas, on se marre franchement pendant 40. Mais il n'empêche que La Collectionneuse est parfois un bien joli bidule, quand Rohmer s'attarde à la Godard sur le corps de son héroïne, quand la futilité d'icelle se renverse subitement aux dépends du philosophe frustré, quand les jeux de l'amour et du hasard se font plus graves que le simple badinage. Le personnage masculin est assez intéressant, et Rohmer parvient à se moquer gentiment de son propre discours moral et un peu soûlant, en suggérant subtilement que ce gars ferait mieux de sortir direct son appendice prénatal plutôt que de s'amuser cyniquement à se faire du mal. Je ne suis pas fan de Rohmer, mais je dis pas, de temps en temps, c'est pas désagréable de voir qu'il y a des gens qui sont restés bloqués dans la machine à remonter le temps. Fashion, en tout cas.

L'odyssée rhomérique est