ameageru4Forcément, le scénario d'Après la Pluie est signé Kurosawa, et c'est le film qu'il n'a pas pu réaliser pour cause de décès ballot. Donc, on cherche sans le vouloir les points de comparaison, on imagine ce que AK aurait fait de ce film, et on constate en quoi Koizumi a respecté le maître.

On n'est certes pas là en face d'un Kurosawa pure souche, quoi qu'en dise l'élève, et même si le film est un bel hommage. L'original aurait sans doute mieux étudié les rythmes: tel quel, Après la Pluie est un peu rapide, et ce malgré la présence des fameuses scènes de discussion chères au Kurosawa des dernières années. Quand on repense à l'ouverture de Kagemusha, on ne peut que soupirer devant la fausseté des tempo (pi?) de Koizumi. Les scènes de dialogues entre le seigneur et le samouraï sont trop rapides, pas assez radicales dans la longueur de chaque pause, dans le poids de chaque mot, dans le travailameageru2 des voix. Autre regret : les paysages, même magnifiques, n'arrivent jamais à être filmés aussi splendidement que dans Ran ou Dersou Ouzala. Koizumi fait pourtant tout ce qu'il peut, en déployant des jardins immenses et verts pomme, des forêts sombres et touffues, des rivières débordantes, des clairières jaunes et vertes, et il faut reconnaître que le film est très beau esthétiquement. Mais il manque la touche de panthéisme propre à AK, qui lui permettait, juste avec un trait de musique, un cadre, et un arbre, d'atteindre au sublime (cf la forêt du Château de l'Araignée). Allez, encore un petit défaut : les acteurs ne sont pas bien tenus, à l'exception du joli rôle principal. Chez Kuro, les acteurs, même énormes, même cabotins, n'étaient jamais hystériques, quoiqu'on en dise. Leurs grimaces étaient guidées par une sorte d'urgence intérieure, leur jeu était beaucoup plus psychologique que ce qu'on a pu en dire. Ici, l'acteur qui interprète le seigneur par exemple (il s'appelle Mifune !!! ah oui mais Shiro) est un peu trop, il n'est pas dirigé ; de même que la charmante épouse du samouraï, qui se contente de sourire bêtement sans atteindre la sagesse visiblement voulue.

ameageru5Bon, ça c'était les défauts comparatifs. Mais Après la Pluie est tout de même un fort joli film, pour tout ce qui n'est pas une volonté de copier le maître. Koizumi filme cette histoire avec beaucoup de tendresse et de bienveillance. Sur un sujet aussi propice aux scènes d'action, il met son point d'honneur à ne pas filmer la violence : la longue scène de duel où le samouraï doit prouver sa valeur est exemplaire. Un mouvement par minute environ, un cri, puis un combattant qui s'applatit en disant : "Je renonce", et point barre. Sobre comme un coup de bambou. Quant à la superbe scène d'attaque dans la forêt, elle est filmée de main de maître : le héros est cadré fixe, et autour de lui les 124 combattants (à vue de nez) traversent l'écran comme des éclairs pour venir s'empaler sur son sabre. La scène dure quelques secondes, elle est tendue et sèche comme tout, magnifique. Koizumi est également un bon monteur, et sait utiliser la musique très subtilement (presque inaudible dans la scène de promenade dans les bois, comme si elle tombait du paysage lui-même). Le scénario est d'AK, mais Koizumi parvient à en rendre toute la puissance zen, simplement, sans esbrouffe, et touche là à ce qui faisait le talent de son idôle dans un film comme Madadayo par exemple. Pari donc en grande partie réussi.

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