J'ai un peu le même souci avec Kaurismäki qu'avec Almodovar : je trouve leurs films vraiment bien, je n'ai rien du tout à leur reprocher, je reconnaîs sans problème leur talent, mais ça ne me touche pas. Ceci dit, entre les deux, je chosis Kaurismäki, surtout après la vision de ce joli Au Loin s'en vont les Nuages.

kauas_pilvet_karkaavatComme toujours, le gars Aki ne raconte pas grand-chose, en l'occurence : la vie. Vaste sujet que le réalisateur envisage sous son aspect le plus minuscule, dans son quotidien le plus étriqué. On assiste à la lente déchéance d'un couple moyen (classe moyenne, caractère moyen, physique moyen, âge moyen) qui se retrouve aux prises avec le chômage. Après être passés par les entubes inhérentes à la recherche d'un emploi, et par l'alcoolisme, les deux tourtereaux finiront par relever la tête. Kaurismäki trouve l'exact milieu entre le mélodrame le plus "sirkien" (on a franchement mal pour eux dans certains passages) et la comédie. Ses plans, fixes, froids, terriblement objectifs, sont sur le fil entre l'horreur et le comique. Le film659410_property_imageData est parsemé de minuscules gags absurdes et très bien rythmés qui, malgré la noirceur de la situation, amènent une respiration, une façon polie d'envisager le désespoir. Presque timidement, Kaurismäki nous emmène dans son monde léger et grave en même temps, entre Kafka et Tati, avec une habileté discrète, et un ton absolument personnel. Le goût du gars pour la couleur et pour l'architecture urbaine (tout en lignes droites), son sens de la dérision, sa méticulosité quand il s'agit de donner un sens à chaque objet qui rentre dans le cadre, font de ce film un petit moment, certes sans conséquence, mais intelligent et original.

Pas très touché, donc, encore une fois, mais au moins intrigué, ce qui n'est déjà pas si mal.