11 février 2007
La Chinoise de Jean-Luc Godard - 1967
Passer de Stallone à Godard sans transition est une expérience mystique proche de l'illumination. Mais il faut dire que, de toute façon, voir un film de Godard période Mao EST une expérience mystique proche de l'illumination... La Chinoise est godardissime : en grande partie incompréhensible, toujours sur la corde raide entre génie anarchiste et foutage de gueule complet, c'est peut-être le meilleur exemple de ce que fut JLG dans ces années-là. Pendant une grande partie du film, on se demande si le gars est vraiment sérieux dans ses théories marxistes-léninistes fumeuses, ou si c'est encore une fois son humour on va dire particulier qu'il utilise. Les acteurs semblent pencher du côté du sérieux le plus total : Wiazemsky, concernée, sombre, intello pure et dure, énonce des théories politiques assomantes avec le sérieux bressonien qui la caractérise ; Léaud, génial, semble avoir potassé tout Marx ; Berto se fait attaquer par des avions miniatures pour montrer l'horreur du Vietnam... Tout ça laisse rêveur.
Pourtant, passée la surprise gênée de la première
moitié, on finit par vaguement comprendre les motivations de Godard : la Révolution en oeuvre dans La Chinoise est une révolution d'appartement, qui ne concerne que les 4 ou 5 jeunes gens filmés. Même si JLG fait sans cesse des allers-retours sur des images d'actualité (portraits de Mao, de Lénine, de Sartre, de Malraux, coupures de presse...), on sent que la critique cynique du gars fait ici encore merveille, un peu comme dans Les Carabiniers ou Pierrot le Fou. Dans un très beau dialogue entre la jeune étudiante tentée par le terrorisme et le professeur intellectuel, la critique se met tranquillement en place. Les vrais révolutionnaires ne sont pas ces étudiants gonflés de théories et de vanité qui hurlent des slogans dans les chambres de la rive gauche, qui peignent des dazibaos sur les murs, qui se suicident pour la frime, ou qui font des conférences insupportables sur l'avenir de la gauche et le coupage de couilles de Malraux. Godard renvoie la jeunesse politisée à ses études avec une jubilation qui fait plaisir à voir. Il recouvre littéralement son écran de couleur rouge (le livre de Mao, les lampes de chevet, les costumes...), et tente des happenings à chaque plan. Le travail sur le son, comme d'habitude, est génial, entre les hurlements de L'Internationale et les effacements inaudibles de certaines voix ; le travail de mise en scène, lui aussi, est énorme, et on ne sait absolument jamais ce que Godard va nous montrer au plan suivant, et comment il va nous le montrer. La Chinoise est donc très surprenant dans sa forme. Je ne peux m'empêcher de lui reprocher une certaine pose dans le discours politique un peu trop appuyé. Mais bon, c'est l'époque qui veut ça : allez faire un film calme en 1967, vous.
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