1Souvenir de deux comédiennes qui avaient joué cette pièce au Conservatoire devant mes yeux sidérés, dans les années 80... Pour moi, Les Larmes amères de Petra Von Kant restait comme une impression de brulôt, de texte courageux et fort, hystérique et tendu comme un arc. D'où mon intérêt pour ce film réalisé par le maître lui-même.

Eh bien, en 2007, le film a énormément vieilli. Force est de constater que Fassbinder tombe malheureusement dans tous les pièges du mélodrame psychologique qui faisait fureur il y a 35 ans, et qu'il ne parvient jamais, dans son scénario ou ses idées de personnage en tout cas, à transcender le genre. Le film est insupportablement bavard, et on a souvent l'impression que le gars R.W. ne sait pas quoi filmer d'autre qu'un texte, qu'une conversation. Sa direction d'actrices est dépassée comme pas possible : les postures qu'elles voudraient inspirées et fortes ne sont que grandiloquentes. On tombe très souvent dans le Grand-Guignol (certes asummé) le plus ringard. Et vas-y3 que je serre les barreaux du lit pour montrer ma rage, et vas-y que je plaque ma main contre une vitre en faisant la gueule pour exprimer mon désespoir, et vas-y que je déambule la tête basse pour montrer mes doutes et ma profondeur psychologique. Les Larmes amères de Petra von Kant reste une pièce de théâtre, point final, et qui plus est une pièce trop rattachée aux années 70 pour être encore intéressante aujourd'hui. Cett histoire de rapports lesbiens tout en excès a sûrement choqué la bourgeoisie allemande de l'époque ; aujourd'hui, elle n'est que risible et dépassée.

Ceci dit, Fassbinder est comme toujours très inspiré au niveau mise en scène. Dans ce huis-clos difficile à gérer, sa caméra, mobile et scrutatrice, trouve une liberté très belle. Dans cette histoire de femmes manque une présence masculine, assummée par le réalisateur lui-même. Jamais on n'oublie la présence de Rainer Werner derrière ces plans froids et durs, on sent que c'est bien d'un regard 2d'homme sur des femmes qu'il s'agit. Il s'amuse d'ailleurs à placer dans ses axes plein de signes masculins, à commencer par ce personnage muet de travesti, humilié, fantômatique, qui est presque dans chaque plan, et dont le regard de témoin en retrait est épatant. La profondeur de champs est toujours bien utilisée pour lui donner toute sa place d'homme-femme. Il y a aussi l'omniprésence dans les plans de cette fresque murale où la zigounette d'un éphèbe rentre dans le champs visuel comme si de rien n'était... Et puis cette ombre décalée de chien qui apparaît de temps en temps dans ce monde de chattes (sans jeu de mots) est amusante elle aussi. Les plans du film sont très souvent inspirés, en tout cas ont le mérite de tenter des trucs, entre la fin ozuesco-minellienne (pointu, on a dit) filmée à ras terre, et les décadrages insensés lors des premiers dialogues entre Cartensen et Schygulla. Si la lenteur du film et des dialogues peut gaver à la longue, il est indéniable que Fassbinder tente un rythme à l'opposé de ce qu'on attend de cette histoire d'amour d'écorchée vive, et qu'il réussit souvent.

Fassbinder ist in there