03_1_Avec une quarantaine de films en 25 ans, Johnny To tourne définitivement plus vite que son ombre mais reste l'un des réalisateurs hongkongais les plus existants du moment (voire l'un des seuls comme le notait Maggie Cheung dans une récente interview). Alors qu'Election vient juste de sortir en France, on attend toujours (enfin je parle pour vous...) Election 2 et Exiled qui ont participé aux festivals de Cannes et de Berlin. Transposé à Macao, cet excellent polar d'une facture de la bonne vieille école continue de traiter en filigrane des problèmes entre les territoires "rattachés" et la Chine continentale, une transition qui s'effectue selon To en douceur pour les continentaux tant les règlements de compte en interne donnent lieu à de véritables massacres.

Deux hommes frappent à la porte d'une femme à la recherche de Wo. Po là mais ils attendent tranquillement dehors dans ce style de petits squares qui font encore tout le charme de Macao. Deux autres hommes ne tardent pas à surgir avec la même demande, la femme, qui continue de garder un oeil bienveillant sur son bébé, les envoie paître de la même façon. Wo ne tardera pas à surgir et cela donnera lieu à la première fusillade dans son appart avec porte qui vole et miroir qui explose en morceaux - si 2 de ses anciens comparses cherchent à le protéger, les 2 autres ont pour mission de le tuer (il a envoyé une bastos dans le coffre du Boss Fay, l'un des grand manitou de Hong-Kong). Rapidement les 5 hommes décident de faire un01_1_ break, en profitent dans une scène de comédie à la To pour procéder au déménagement du Wo qui vient de ramener des meubles et pour bouffer ensemble dans l'esprit du bon vieux temps. Mais rapidement, il faut repasser aux choses sérieuses, on donne à Wo une ultime chance pour se refaire et assurer l'avenir de sa femme et son bébé, mais ensuite plus question de tergiverser... Les cinq hommes devront faire face rapidement à l'Alliance d'intérêt entre le boss Fai venu s'installer à Macao et le Boss Keung, grand patron local, sous les yeux d'un vieux chef de Police très compatissant - il ne lui reste que quelques heures avant la retraite, il les laissera s'entretuer pour "assurer une transition en douceur". Si To s'en donne à coeur joie au niveau des éclairages, couleur orange-rouge dominante, et de légères pointes de vert et de bleu notamment dans cet immense dôme-restaurant, il reste un maître dans toutes les multiples scènes de fusillade, des nuages de sang vaporisé curieusement poétiques s'échappant à chaque blessure, loin des jets de sangs tarantinesques. Règlements de compte, détour incontournable chez un docteur "underground" où les multiples blessés rivaux finissent par se retouver, prostituée à la plastique parfaite à l'affut du moindre argent, carrière de pierre isolée qui baignent dans une lumière jaune surnaturelle, attaque de fourgon blindé rempli d'or (une tonne, soit le petit pactole des autorités locales un tantinet corrompues), ... une histoire finalement relativement bien fléchée, To s'attachant surtout aux 5 potes qui continuent de déconner entre deux coups de pétard.

02_1_Une tuerie finale est annoncée, dont ne sortiront vivants que les femmes -celle à l'enfant et une prostituée- et les flics qui laissent ce petit monde de la pègre s'annihiler. To semble prendre un certain plaisir à reprendre des scènes incontournables du polar: les 5 - puis 4 - potes se retrouvant toujours dans une caisse, choisissant à pile-ou-face leur destination. Il émaille également son récit de petits dérapages incontrôlés: les caisses finissent toujours par tomber en panne (pas de poursuites...) et les 4 potes de se saouler allègrement avant d'aller au combat...  un esprit potache et une certaine nostalgie baignant le tout. Des acteurs au passage tous irréprochables - avec chacun leur gueule et leur physique (loin des productions chinoises avec ces acteurs à deux yuans qui sortent du landau et d'un concours Gillette) et une musique à grands renforts de solos de guitare électrique du meilleur effet. Sans proposer une révolution dans le genre, To est au taquet pour répondre au cahier des charges dans un style particulier qu'il finit par affiner au fil de ses dernières réalisations.