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Voilà le genre de film qui me laisse tout simplement sur le cul... Rarement on peut être témoin d'une telle maîtrise technique et ce film est à classer, comme ça à brûle-pourpoint aux côtés de ceux de Kalatozov ou de Sokurov... L'esprit slave a encore frappé.

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Une trame d'une simplicité enfantine: en 1919, des troupes hongroises se rangent du côté des Bolcheviks pour combattre les Russes blancs. On assiste à un ballet permanent d'attaques et de contre-attaques, sans véritables héros, ni même progression narrative. Si les Rouges ont tendance à gracier généralement leurs prisonniers, les Blancs les mettent à mort sans véritable logique, avec une certaine cruauté, n'hésitant à les relâcher pour pouvoir organiser une chasse à l'homme. Les Rouges n'ont d'autres choix que de courir à travers la campagne torse-nus à la recherche d'un improbable abri, une rivière, une forêt, un centre de soins dans lequel ils se mêlent les uns aux autres, les infirmières se portant garantes de respecter le serment d'Hypocrate. Prisonniers froidement abattus contre un mur ou à bout portant, soldats russes exécutés par les leurs pour avoir tenté de profiter sexuellement des civils, suicide d'un Rouge en sautant d'un bâtiment ou d'une troupe entière se jetant dans la gueule du loup en chantant la Marseillaise (en hongrois po chose facile, pour les rimes surtout), Jancso laisse la caméra naviguer d'un camp à l'autre sans véritable prise de position idéologique. Car si sur le fond les mises à mort paraissent au bout du compte relativement absurdes, sur la forme on assiste à un festival de plan-séquences chorégraphiés au millimètre - de quoi mettre tout caméraman à genoux... Ayant un sens inné du format 16/9ème et une maîtrise totale de la profondeur de champ, tous les plans (oui, j'insiste) sont d'une poésie inouïe, culminant dans cette scène d'infirmières dansant la valse dans une forêt de bouleaux (hein?), sous les ordres des Russes blancs; travelling de ouf, plans aériens, caméra virevoltante autour de son axe, panoramiques poussés à l'excès, les gars, c'est une leçon pyrotechnique qui aurait dû faire passer l'envie à Lelouch de faire des films for ever - mais faut pas rêver. Je vois même pas ce que je peux rajouter tant ce film est un enchantement formel pendant 90 minutes et si votre curiosité n'est point piquée après ça que puis-je ajouter? Femmes nues se coulant dans la rivière, courses de chevaux effrénés sur 3000 km, plan de bataille napoléonienne, vous n'avez que l'embarras du choix pour vous y perdre...

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Alors bon, est-ce qu'au final ce trop plein d'esthétisme ne finit pas par tuer l'esprit même du film ? Et ben moi je dis non - et si vous êtes po d'accord c'est pareil -, parce que devant une telle capacité à se servir de l'outil cinématographique, on ne peut que rester béat d'admiration. Comme quoi, en Pologne, y'a pas que des plombiers ou Roman Polanski, qu'on se le dise.