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28 janvier 2007

L'Ange Ivre (Yoidore tenshi) (1948) d'Akira Kurosawa

angeivreocoll21_1_Première collaboration entre Kurosawa et le Mifune, un film qui finit par faire penser... à La Peste de Camus, tant l'environnement aussi bien que les individus semblent infectés en profondeur.

Des lendemains de guerre qui se révèlent difficiles tant la société japonaise semble être gangrénée par tous les bords. On assiste dès le début du film à une association pour le moins inattendue entre un vieux docteur bourru alcoolique (Takashi Shimura, genre de Michel Simon asiatique, colérique et généreux) et un chef de gang qui se la pète (rôle de jeune premier qui revient au Toshiro, pétant de santé et de charme). Le compagnonnage entre ces deux êtres extrêmes vient du fait que le Toshiro, malgré sa superbe, est atteint de la tuberculose et ce mal finit par le ronger moralement et physiquement. Vivotant autour d'une mare bouillonnante de microbes, le Docteur Sanada est parti en guerreyoidore_tenshi_5_1_ contre les toutes "les bacilles", entendre tous les maux qui pourrissent la société: la tuberculose n'est que la partie visible, le monde des yakusas et leur méthode féodale étant la partie cachée - ou vice versa... Notre ami le praticien cache une femme "mariée" de force à l'ancien patron du quartier qui sort tout juste de prison. Celle-ci, de peur de créer des troubles, est d'ailleurs prête à aller se rendre chez "son ancien seigneur" mais le Sanada la met en garde: "Il ne sert à rien de se sacrifier; il serait temps que l'on se débarrasse de ces mauvaises habitudes". - on entend presque voler les mouches et les kamikazes lorsque cette phrase résonne. Marie-couche-toi-là prête à se donner au plus fort, enfer du jeu, quartier contrôlé par les gangs qui terrorisent les petits commerçants... et ces plans qui n'en finissent pas de glisser sur les eaux troubles de cette mare putride. Il va être décidément bien difficile de mettre fin à toutes ces pratiques ancestrales, cette loi du plus puissant qui a mené le Japon à sa perte. Si la fin en sera forcément tragique, le Toshiro expirant des litres de sang au cours d'un règlement de compte, il faut noter une petite note d'espoir dans la nouvelle génération, l'une des jeunes patientes du docteur, à force de volonté et de sacrifices, ayant réussi à se débarasser de la maladie.

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yoidore_tenshi_3_1_Si le Toshiro Mifune fait une prestation hallucinante (purée, il était po mal l'enfant à 28 ans, faut avouer), tombant peu à peu dans la décrépitude, le mal lui noircissant le visage et sa démarche devenant au fil des jours de plus en plus fantômatique, il faut noter aussi dans un petit rôle -celle de la vieille servante du docteur- la présence de Chouko Iida, une actrice omniprésente dans les films d'Ozu de l'époque. S'il fallait ne retenir qu'une scène, je pencherais pour ce rêve surréaliste où le Toshiro au bord de la mer découvre dans un cercueil son ego malade qui se met à lui courir après - une séquence sublimement montée, faite d'images se superposant sur un rythme effréné, le mal incarné dans ce mort-vivant finissant inexorablement par gagner du terrain. A noter également -mais bon je vais pas non plus écrire une thèse...- les magnifiques panoramiques la nuit sur cette eau maléfique qui finissent sur ce joueur de guitare qui envoie quelques notes de musique qui se perdent dans les ténèbres. Oeuvre puissante, véritable "film noir", qui fait remonter à la surface toute les pestilences d'une société bien malade. 

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Posté par Shangols à 11:59 - KUROSAWA Akira - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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