a2_1_Joli portrait de femme qui tourne essentiellement autour de la délicieuse Lucia Bosé. Sans avoir la beauté plastique des chefs-d’œuvre d’Antonioni, l’on sent l’attachement du cinéaste à nous proposer un destin de femme qui, partie de rien, finira par se brûler à ses propres illusions.

Clara Manni (La Manni…), découverte par le producteur Ercole alors qu’elle n’était qu’une simple petite vendeuse à Milan, se voit proposer rapidement le premier rôle dans son second film, après être apparue en chanteuse de charme dans le premier. Croulant sous les baisers d’Alain Cuny dans les premières scènes qu’elle tourne, elle échauffe Ercole, petit homme expérimenté, qui la piège rapidement en lui proposant le mariage. Ce dernier ayant fait venir les parents de la fille pour leur faire sa demande, la Manni se retrouve au pied de mur et accepte ce mariage forcé. Cependant, sitôt la lune de miel consommée, Ercole, par pure jalousie, refuse de lui faire tenir des rôles de midinette à demi-nue ("C’est ma femme, merde, quand même" – traduction libre) et arrête la production du film. Il se prend à rêver en voulant lui faire tourner un grand fi01_1_lm artistique et décide d’adapter la vie de Jeanne d’Arc – moins porno, à part La Marche de l’Empereur, y’a pas. Le film est une catastrophe critique et financière et la Manni commence, en désespoir de cause, à prendre un amant. Si le scénario semblait relativement cousu de fil blanc jusque-là, la grande idée d’Antonioni sera de pratiquer un virage à 180 degrés dans la dernière partie du film ; car la Manni après son premier succès populaire –l’échec du second film ayant tendance à retomber sur les épaules de son plan-plan de mari -a tendance à se sentir un peu pousser des ailes : escapade amoureuse avec un jeune consul, lettre de rupture à son mari et volonté d’apprendre véritablement à jouer la comédie en prenant des cours pour montrer de quoi elle est capable. Seulement le petit papillon a oublié que ses ailes étaient de coton (Rimbaud, poème non publié) et va vite se rendre compte qu’elle s’est un peu emballée. Personne ne lui propose de rôles vraiment intéressants, la cantonnant à des rôles légers ; en désespoir de cause, elle se tourne vers son ex-mari (après une tentative de suicide raté, suite à leur rupture, il a décidé de reprendre le chemin des plateaux) signora_senza_camelie_1_qui prépare une grosse production avec une star américaine. Celui-ci l’éconduit gentiment. Se retrouvant face à elle-même – elle ne va tout de même pas redevenir une chtite vendeuse - elle finit par accepter un pauvre rôle dans une production de genre « le harem d’Ali Baba », un truc à 2 roupies. Elle se rêvait star adulée avec amant acidulé, elle ne sera jamais qu’une petite starlette abandonnée par les gens qui l’aimaient. Dur retour à la case départ alors que le personnage plutôt antipathique d’Ercole, au début, a su trouver un second souffle. Sans son « créateur », la créature n’est décidément po grand-chose.

Beau retournement de situation, Antonioni nous rappelant au passage que le cinéma n’est vraiment qu’un monde d’illusions fait de rêves transparents.