197455_1_Robert Aldrich n'y va pas avec le dos de la cuillère (ben non puisque c'est un couteau) pour saper les bases du monde impitoyable d'Hollywood (produit par Aldrich lui-même mais distribué par United Artists cela dit).

Charles Castle (Jack Palance, super costaud à cette époque, qui cultive une étrange ressemblance avec Richard Virenque et parfois la naïveté...) est un homme qui "s'est fait acheter ses rêves" - en gros il s'est vendu au grand studio pour faire des films de daube - "mais qui ne les a pas oubliés" - on m'aurait menti...? Coincé entre la signature d'un nouveau contrat pour 7 ans - le patron du studio le tient par les coucougnètes car il a été impliqué dans un accident de voiture qui a tué un enfant et pour lequel un homme de paille dévoué a payé - et sa femme qui menace de le quitter : outre ses quelques infidélités elle ne supporte que l'hommBigKnife200_1_e qu'elle aime mange de ce pain-là. Malgré toute sa bonne volonté, il finit par signer, sa femme le conchiant mais revenant finalement à lui (ah l'amour...!). Reste cependant un gros problème : le soir de l'accident, il était avec une pépète et cette dernière sous le coup de l'alcool a un peu tendance à bavasser. L'un des hommes forts du studio lui propose de s'en débarasser et pour Charlie trop c'est trop ; qu'il n'ait plus beaucoup d'illusions sur ce monde de requins, c'est un fait, qu'il soit prêt à sacrifier sa carrière, c'est un souhait, mais que l'on aille jusqu'à tuer quelqu'un pour que tout rentre dans l'ordre, ça que nenni. Ses dernières illusions s'effritent dans cet ultime combat contre les puissants de l'industrie cinématographique et la fin est d'un tragique sans nom.

Aldrich ne se contente pas de démonter les rouages de ce système avarié et de nous conter par le menu les ambitions et les folies des hommes à la tête des studios, il nous montre à quel point les vedettes se retrouvent souvent exploitées physiquement et psychologiquement en échange de quelques millions. grand_couteau4_1_Mais elle finissent aussi souvent malheureusement par dérailler... (je savais que je pourrais me resservir de ce truc de Richard Virenque) Adapté d'une pièce de théâtre, le film se passe quasiment dans un lieu unique et la caméra ne cesse de tourner autour de ses victimes (oui bon on voit même un moment l'ombre du caméraman sur sa grue... oui, je sais c'est cruel); Aldrich varie plans-séquences et changement d'angles avec un certain savoir-faire, le film ne sombrant jamais dans l'ennui. C'est pas l'esprit de la Nouvelle vague certes, mais son film ne ressemble jamais à du théâtre filmé (même si on a tendance à se dire, tiens c'est la fin du premier acte, là...) ce qui n'est déjà pas si mal. Le Palance se lâche dans ce rôle taillé sur mesure face à une Ida Lupino au tempérament volcanique mais pleine de compassion pour celui qu'elle considère comme étant "une partie de sa vie". Un film aiguisé à défaut d'être toujours tranchant (ouais, je cherchais un truc avec du beurre mais non finalement...)