14 janvier 2007

Agent Secret (Sabotage) d'Alfred Hitchcock - 1936

sab_verloc_lightSabotage, s'il est parfois bizarrement foutu, est en tout cas un film 100% Hitch. J'irais presque jusqu'à dire que pour quelqu'un qui n'aurait vu aucun film de Bouddha, celui-ci pourrait constituer un excellent point de départ pour comprendre ses idées fixes et son génie.

Tout y est : la fascination obsessionnelle pour les objets (ici, une cage à oiseaux, un couteau, une bobine de film qui va exploser) qui, à force d'être filmés en très gros plans, finissent par devenir inquiétants, chargés d'une symbolique presque mystique ; le mépris pour la vraissemblance, cette fois-ci un peu trop poussé pour ne pas déranger (qui croira que l'héroïne, qui vient de perdre son petit frère de 12 ans dans une explosion, peut aller manger un roti dans le 1/4 d'heure qui suit ? Qui croira que le flic peut avoir envie de couvrir un meurtre par amour pour une nana qu'il a rencontré 2 minutes plus tôt ? Qui croira qu'osabotagen confie un acte terroriste à un directeur de cinéma ruiné ?) ; l'utilisation géniale du son, qui se traduit ici par des "tchiip" de canaris et des pas qui glissent sur un parquet pour montrer une tension qui monte ; l'amour sans sexe, bien que le sexe soit suggéré bien des fois (ah le plan où il nous fait deviner le couteau qui s'enfonce dans un bide, avec deux petits cris à se damner !) (à noter à ce propos que sa vision de la famille, dans ce film, est très particulière, les enfants étant privés de père ou de mère très définissables, et les parents plongeant leur progéniture dans des dangers affreux : bombes, tentations de la ville, arrestations...) ; la gente policière considérée comme les garants de l'ordre en même temps qu'elle est filmée comme une terreur, les flics sont de vrais aveugles qui menacent l'amour des héros.

Et puis bien sûr, toujours, il y a la mise en scène plus que brillante de Hitch. La scène du meurtre au couteau est à hurler. En une succession de planssabotage2 muets courts, où les regards se croisent, s'évitent, se fixent sur l'objet ou sur une chaise vide, par la lente mise en espace des personnages, par ce mouvement coulé incroyable qui fait se rejoindre dans le même plan un couple qui va se briser, Bouddha signe une des plus belles scènes de sa filmographie. Le son, la lumière, le jeu des acteurs (Sylvia Sidney est impressionnante), l'utilisation des gros plans en champs/contre-champs complètement illogiques (B**tien, prends de la graine), et le final sur cette profondeur de champ magnifique, tout est inspiré et beau. Il y a aussi la fameuse longue scène, que Hitch a regrettée toute sa vie, où un petit môme adorable trimballe sans le savoir une bombe à travers Londres, qui doit exploser à 1:45 PM pile : d'accord, elle est discutable au niveau purement morale, d'accord elle manipule un peu trop le spectateur et fait sortir le film du simple divertissement, d'accord Hitch en fait beaucoup pour emporter l'empathie horrifiée de son public (le gamin qui caresse un chiot mignon comme tout à 1:44, eheheh)... mais elle est un tel exesab_bird_3mple de montage parfait, de tension génialement maîtrisée, qu'elle reste malgré tout un des sommets du film. Enfin, il y a cette déclaration toute simple de Bouddha au cinéma : il y a quelques plans formidables sur la jeune héroïne qui trouve quelques secondes un réconfort précaire en matant un Disney, il y a cette subtile utilisation du décor d'une salle de ciné (on passe derrière l'écran pour espionner des terroristes, on se donne rendez-vous dans des arrières-salles pleines de spectateurs, on traficotte à la caisse...), et il y a surtout une certaine nostalgie par rapport à un certain cinéma de divertissement du dimanche soir qui fait chaud au coeur.

Bref, totalement convaincu par ce Hitch période anglaise.

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Posté par Shangols à 11:18 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


Commentaires sur Agent Secret (Sabotage) d'Alfred Hitchcock - 1936

Vu l'autre jour sur Arte

Malheureusement je n'ai vu que la 2e partie. Cela dit la scène de la mort du petit garçon m'à subjugué (dur mais admirablement bien réalisé). J'ai également adoré la scène du meurtre d'Homolka pour la tension développé. Très bon moment pour moi qui ne connaissait alors rien du Hitchcock d'avant-guerre. Resultat : le lendemain je louais le livre Hitchcock/Truffaut à la bibliothèque.

Posté par Devaca, 15 novembre 2009 à 01:02
Le monde est à vous

Heureux homme qui va découvrir cette bible qu'est le Hitchcock-Truffaut, et qui ne manquera pas, j'en suis sûr, de se jeter sur les chefs-d'oeuvres de la période anglaise de Hitch. Tenez-nous au courant, Devaca, sur vos coups de coeur.

Posté par Gols, 16 novembre 2009 à 13:19
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