Avant de réaliser des clips dans les années 90 (Bleu-Blanc-Rouge), Kieslowski fut un cinéaste, il est toujoursamateur_1 bon de le rappeler. L'Amateur date de cette période, période où les filtres colorés vachement trop class n'étaient pas encore arrivés en Pologne, et où le gars, devant se dépatouiller avec les difficultés d'être un cinéaste de l'Europe de l'Est, arrivait à créer dans l'urgence de bien belles choses.

Ce n'est pourtant pas une totale réussite. Le film sent franchement beaucoup le film à thèse, il y a des relents de Dossiers de l'Ecran qui ont tendance à effacer la beauté simple de la mise en scène. L'Amateur raconte, en gros, l'histoire d'un petit mec qui découvre le plaisir du cinéma quand il s'achète une petite caméra. Bientôt, cette passion va devenir de plus en plus envahissante, d'autant que le gars se pique de faire dans le film engagé. Il va découvrir alors les dangers d'être un artiste, et les dangers de montrer... Très beau sujet. Mais Kieslowski n'arrive pas toujours à se dépatouiller de ce discours, et les discours politiques sont souvent lourdement amenés. Heureusement, il sauve sa thèse en retournant complètement son scénario, dans les dernières minutes. La censure est une horreur, bien sûr, mais elle a peut-être parfois raison de vouloir nous fermer la gueule, les dommages collatéraux des discours artistiques étant souvent catastrophiques.

Là où le film est vraiment joli, c'est dans les idées toutes simples de mise en scène, et dans le dessin du personnage principal. Petit à petamateur_2it, Filip voit le monde comme une chose à cadrer, comme un plan de cinéma potentiel. Du coup, il se met à organiser son univers (faire s'envoler un oiseau, faire pleurer sa fille) et à découvrir les potentiels de la mise en scène (beau mouvement de travelling arrière "à la polonaise", c'est-à-dire caméra à l'épaule et guidé par un accolyte qui court comme un fou derrière lui). Quand sa femme le quitte, il va même jusqu'à imaginer ce que ça pourrait donner à l'écran. Kieslowski accompagne cette découverte de la beauté et des ambiguités du cinéma avec beaucoup d'attention, et montre simplement un cinéaste débutant au travail, qui s'extasie sur un zoom ou sur un cadre élégant. Malgré le peu de moyens évident, le film est plutôt beau (si on aime l'esthétique de ces années-là (cf les premiers Forman ou les premiers Polanski)), courageux et intelligent. Il y a notamment, insérée dans le récit, une interview de Zanussi qui rappelle qu'à une époque, Kieslowski réfléchissait avant de faire des films. A voir, nécessairement.