dreamers_1J'avoue que je suis pas mal partagé sur ce Bertolucci : d'un côté on a affaire à un film on ne peut plus sincère, assez charmant dans sa naïveté, et cinéphilique dans le bon sens du terme ; d'un autre côté, la plupart des scènes sont d'un ridicule achevé, et tout ça sent la ringardise à mort...

Côté positif, donc : Bertolucci se permet un quasi-remake de son fameux Dernier Tango à Paris, duquel, il faut l'avouer, il n'est jamais vraiment sorti. Il plonge donc son héros (Michael Pitt, franchement pas mal) dans le Paris de 68, le Paris de l'insouciance, de la Cinémathèque, de la révolution sexuelle. Sur fond à peine esquissé de révolution (magnifique apparition, d'ailleurs, de Jean-Pierre Léaud dans son propre rôle de défenseur de Langlois, qui relit son discours de l'époque, rides en plus), il va découvrir la cinéphilie compulsive (j'avoue ne pas avoir réussi à répondre à tous les tests proposés par ses accolytes) en mêmedreamers_2 temps que la turlute en compagnie de deux camarades de jeu. Bon. L'intérêt principal du film, c'est d'enfermer son étrange trio dans une bulle hors du monde : les personnages sont uniquement concernés par les films, et agissent uniquement en référence aux scènes qu'ils ont vues sur grand écran. Les manifs de 68 ne font que de rares apparitions, et on sent tout l'amour que Bertolucci  place dans le cinéma, qui apparaît comme un remède aux maux de la société. Le parallèle constant entre éducation esthétique et éducation sexuelle fonctionne bien, et les incursions d'extraits de films (que du bon, de Godard à Hawks, de Freaks à Garbo) rendent The Dreamers attachant. C'est un film d'enfant, un retour aux sources, une déclaration d'amour à ce qui constituât l'identité du gars Bertolucci : le cul et les films. De ce côté, donc, douceur et sincérité sont au rendez-vous, et ça se suit avec tendresse. Il faut dire que les dreamers_3acteurs, frais et jolis comme tout, rendent bien justice à cette douceur. Ils sont parfaits de jeunesse rageuse et d'inconscience du monde (bien qu'ils tentent de manipuler des conceps politiques pointus).

Côté ratage, cependant : tout ce qui concerne les rapports sexuello-amoureux des personnages est d'une ringardise assommante. bertolucci filme aujourd'hui comme il filmait à l'époque du Tango, persuadé que le souffre sera le même. Raté : les scènes de cul sont ridicules, voire moches, là où on aurait aimé que la poésie du film agisse le plus. Bertolucci semble terrorisé devant le sexe, ce qui est bien le comble. Frileux et coincé, il filme des étreintes tout en ne les filmant pas tout en les filmant, en ayant l'air de dire: "Vous avez vu ce que j'ose ?". Ben non, il n'ose rien, le cinéma a évolué, depuis... De plus, il tente désespérément, en même temps qu'il raconte son hiaffiche_dreamersstoire, de la placer dans un contexte historique précis, et le voilà donc qui nous ressort les mêmes éternels vieux disques de Janis Joplin et des Doors, pensant que ça suffira à resituer les choses. Encore aurait-il fallu, pour que ça fonctionne, que son Paris de 68 soit réussi ; de ce côté-là, les clichés affluent, à commencer par le décor, extraordinairement maladroit : ce n'est pas en inscrivant les célèbres slogans de Mai sur chaque poteau qu'on arrive à recréer une ambiance. Tant qu'à faire, il aurait mieux fait de déréaliser complètement le monde extérieur pour donner plus d'importance à ce "hors-du-monde" des personnages. Là, il est à cheval entre deux volontés, celle de sortir son histoire de son contexte social, et celle de raconter une époque. Dans ces hésitations de débutant, Bertolucci passe à côté de ce qui aurait pu être un grand film sur le non-engagement, donc un grand film politique.