Dressed_20to_20Kill_20Movie_20PosterOn ne va pas se plaire à relever tous les clins d'oeil à Bouddha, Pulsions est un film sans aucun doute sous l'emprise du maître, qui illustre assez bien les propres fantasmes cinématographiques du Brian.

Une femme se balade dans un musée et perd son gant (champs/contre champs dans une longue scène remarquablement bien filmée entre celle-ci et un homme mystérieux, superbe jeu du chat et de la souris sur le thème de l'attraction/ré-pulsion), elle le rejoint dans un taxi et perd son slip, dans son lit elle perd la tête avant de définitivement perdre la vie dans une saloperie de cage d'ascenseur. Elle se retrouve méchamment tailladée par quelqu'un qui s'identifie à Jean-Hugues Anglade à la fin de 37°2 (léger anachronisme, mea culpa). En effet, Michael Caine est docteur le jour et frite la nuit. Les pulsions qu'il parvient à contrôler lorsqu'il porte sa cravate se déchaînent lorsqu'il porte sa perruque (il doit être un poil schizophrénique m'est avis [et ne peut donc emprunter un taxi à Shanghai (j'invente rien c'est marqué en gros à l'arrière, vous pouvez vérifier)] et emprunte un rasoir). Ca veut pas dire que tous les transsexuels (ouais son côté féminin se bat avec le côté masculin, affreux) sont dangereux mais bon, lui, faut quand même sacrément s'en méfier. De Palma se complaît langoureusement à filmer femmes sous la ddressed_20to_20kill_thumbouche et femmes en porte-jarretelles (la femme existe en 2 options chez lui, sinon il préfère autant filmer Al Capone) et la séquence du début et celle de la fin qui baignent dans une -mauvaise- pseudo musique hermannienne semble prouver qu'en plus les femmes font des rêves pas très catholiques entre plaisir solitaire et peur de se faire "posséder" et massacrer (à croire que le Brian est peut-être encore plus frustré que le Bouddha... Je pose la question...). De Palma sépare son écran en deux sans que cela apporte un quelconque plus (à moins de faire gagner du temps ?), joue sur son format 16/9 ème et la profondeur de champ dans cette scène gentillette où un jeune garçon et la charmante Nancy Allen parlent assez crûment de sexe, ce qui 15455ascandalise la bonne dame à la table derrière qui manque de s'évanouir, le même petit jeune bidouille une caméra pour traquer l'assassin à la sortie du bureau du psy et on reconnaît bien là le jeune Brian et sa passion pour l'expérimentation ainsi que pour les liens entre la recherche de la réalité et l'utilisation de l'image ; bref, sans s'émerveiller, on ne passe pas forcément un moment désagréable, malgré un manque certain d'émotion et un érotisme un peu daté entre David Hamilton (savon et seins sous la douche avec musique d'ascenseur) et Madonna (Nancy Allen allongée à demi-nue sur le bureau du psy un jour d'orage qui risque de tout faire péter).   (Shang - 08/01/07)


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Oui, c'est daté, c'est daté, mais c'est pour autant diablement malin. De Palma mèle très habilement un hommage au maître, quelques injections de giallo, et ses propres fantasmes dans ce thriller baroque qui n'aurait pas démérité dans la filmographie de Bouddha s'il avait laissé parler crûment son subonscient. Attention, c'est moins bien, hein, je dis pas, mais tout de même : force est de reconnaître que le gars lâche la bride et réussit un film sur-spectaculaire, qui vous en fout plein les mirettes (à défaut, c'est vrai, des émotions). Ce film, qui mélange allègrement Psycho et Vertigo, tire les bonnes leçons des deux films. Beaucoup aimé par exemple cette reprise de la "fausse histoire" propre à Psycho : le gars nous fait croire à une sombre histoire d'inconnu louche atteint de syphilis, fait monter la tension autour d'une femme... et la zigouille à un tiers du film, sans autre forme de procès. La fétichisation des gestes copiés sur la scène de la douche fait plaisir à voir pour tout cinéphile qui se respecte, tout comme la scène étirée jusqu'au maximum que le gars nous offre dans le musée. Qui chasse qui ? Qui est attiré par qui ? Les pulsions sont tout autant sexuelles que morbides, de toute façon dans la tête de De Palma, c'est la même chose. Intéressant d'ailleurs de voir (puisque mon comparse a gravement spoilé le film, allons-y), que c'est un psy le coupable. Hitch évitait de toutes ses forces de faire de la psychologie dans ses films (bien qu'ils en débordent), et De Palma met les pieds dans le plat avec une franchise qui étonne. Les pieds dans le plat, le gars sait d'ailleurs ce que c'est : il ne s'interdit aucun effet, des ralentis aux zooms, des montages parallèles au split-screens. Pas d'accord d'ailleurs pour dire que ces derniers sont sans intérêt : il y a dans ce montage d'écrans de télé qui se répondent, se dupliquent et se répètent une maestria et un amusement avec la forme qui fait plaisir à voir ; plein de petits écrans dans les petits écrans dans les petits écrans, une merveille.

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De Palma prolonge en fait le fantasme d'Hitchcock en inscrivant son film dans la mode érotique-chic de son époque, assumant sans rougir son mauvais goût et son attrait pour les scènes de cul soft. C'est quand il est excité que le serial-killer passe à l'action, mélangeant l'attirance pour les cuisses à celle pour le sang. Une fois qu'il a dit ça, c'est vrai qu'il ne dit pas grand-chose de plus. Le film est court, et contient même deux scènes (la première et la dernière) qui semblent scotchées là pour gonfler le métrage. Je comprends que le film puisse agacer en tant que pure forme. Mais quand on a cette maîtrise-là de la forme, on ne peut qu'applaudir de la virtuosité du gars, qui transforme les hantises hitchcockiennes en purs motifs fétichistes, en ôtant tout le sens pour ne plus produire que du cinéma quasi-abstrait, purement spectaculaire. Un grand petit film, donc.   (Gols - 04/02/17)