Basé sur l'histoire vr017l_1_aie d'un tueur japonais, le film retrace brillamment avec de multiples flash back, à la fois les meurtres, l'enfance et le passé récent du tueur, mais aussi l'enquête et surtout sa période de cavale de 78 jours... Traitant des rapports père-fils, des rapports chaotiques que le tueur entretint avec les femmes en général et la sienne en particulier, des relations plus que troubles entre sa propre femme et son père, Imamura nous plonge de façon passionnante dans le destin de cet homme et de la société japonaise (la société a les criminels qu'elle mérite disait l'autre sauf que là c'est un grand film...). 5 ans de tournage, un montage assez complexe mais relativement facile à suivre, des scènes torrides où l'on retrouve la fascination d'Imamura pour l'élément liquide (la scène de la source chaude sous la pluie entre la femme du tueur et son père et le massage qui s'en suit: plus qu'érotique... - où celle dans une couleur jaune surréaliste devant un bassin de reproduction d'anguilles (hehe) dans lesquelles le tueur, fataliste, voit déjà la corde qu'on lui passera au cou), aucune facilité, chaquebfcind09ven_1_ plan semble avoir été pensé au millimètre et un acteur principal au diapason (Ken Ogata tour à tour sauvage, brutal et effrayant ou en Monsieur tout le monde  jouant avec brio au Professeur ou à l'avocat). Peut-être une dernière partie légèrement longuette dans la dernière auberge (où le tueur aura une ultime relation amoureuse avec la patronne et une amitié étrange avec la mère de celle-ci) mais un film d'un maîtrise totale par le doublement palmé Imamura, qui ne se fait jamais donneur de leçon mais tout simplement cinéaste.   (Shang - 06/03/06) 


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Il y a comme ça des films qu'on est bien obligé d'admirer pour leur maîtrise totale de tout ce qui fait le grand cinéma, maisn qui ne vous touchent pas du tout. J'ai regardé La Vengeance est à Moi d'un oeil bienveillant mais sec. Vous me direz, c'est peut-être le but du Shohei, puisque son film retrace la vie d'un tueur en série/escroc froid comme la glace, jamais sympathique, jamais clair dans ses intentions, un type opaque quoi. C'est effectivement un des talents de l'acteur principal de parvenir à jouer cette façade sans faille. Il est parfait dans les différents états et visages qu'il revêt, inquiétant et fragile, aussi convaincant dans le costume-cravate du faux professeur d'université que dans le survet-casquette du livreur. Autre talent indéniable du film : sa construction, complètement éclatée, la vie de l'homme étant racontée par bribes sans chronologie, et par différents points de vue (le sien propre, celui des flics, celui de son père, etc.). C'est assez bluffant de constater que le film, presque pop-art, tient aussi bien, que Shohei arrive toujours à rattrapper son spectateur après lui avoir donné l'illusion de la perdre.

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Le scénario aussi tient bien la route, la psychologie du meurtrier naissant subtilement des différentes "aventures" sexuelles qui jalonnent sa vie. Entre la perte de respect de la figure paternelle et les pulsions sexuelles qui l'animent, on sent que les scénaristes ont potassé leur Freud et ont réussi à en transposer les archétypes. Quelques scènes (de sexe ou de meurtre) sont très brutales, filmées frontalement et dans la durée, durement (le meurtre au marteau du début), sensuellement (la fameuse scène du massage dans le bassin) ou trivialement (le viol). Cette audace formelle ajoute une touche moderne au film, en montrant que Imamura n'est pas seulement le cinéaste de Narayama, c'est bienvenu. Le gars louche d'ailleurs assez souvent du côté du cinéma italien de ces années-là, disons entre Rosi pour la critique sociale et Pasolini pour les fulgurances sexuelles.

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Mais voilà, je suis resté de marbre, voire un peu ennuyé par la longueur du film, jamais touché ou fasciné. Certes, le talent d'Imamura est total, on ne peut qu'admirer, mais il m'a manqué une part de sensibilité, qu'on est en droit d'attendre de l'auteur de L'Anguille. Rien à reprocher à ce film, donc, mais je me permettrai de ne pas hurler au génie cette fois-ci.   (Gols - 04/01/07)