Jungle Fever est un navet. Je suis désolé de le dire, puisque je gardais un très bon souvenir de ce film depuis ma première vision de l'époque. Mais 15 ans plus tard, honnêtement, que reste-t-il de ce film, à part des tics infâmemement crâneurs, une distribution qui part en vrille, une musique montée en dépit du bon sens (je crois définitivement que Stevie Wonder est sourd, aussi), et un sujet plombé à mort ?

Lee hésite entre deux scénarios, en gros, les deux étant aussi nazes l'un quejungle_fever l'autre : d'un côté, les amours réprouvées par la morale entre une Italienne blanche et un Afro-Américain. Là, c'est le film de gauche bien-pensant, qui véhicule comme message hyper-courageux : "Mais enfin, on devrait tous s'aimer quelle que soit notre couleur de peau, nan?". Miss France est Prix Nobel à côté. Sur une musique sirupeuse, Lee accumule les clichés moraux (la communauté italienne raciste et machiste, la communauté noire sclérosée et intégriste) et esthétiques (la scène de sexe pleine de passion (bouaarff excusez mon bâillement), la complicité énamourée, la difficulté à assumer ses choix sexuels dans une société pleine d'a priori blablabla. Bien sûr qu'il a raison, le brave Spike, on est d'accord. Mais les brêves de comptoir sont plus rigolotes chez Gourio. De plus, et ça m'a toujours agacé chez le gars, Spike Lee n'oublie pas de bien enfoncer le clou de son discours limite (cf Malcolm X) sur les communautés. La fin de son film, très ambigüe, laisse sonné. L'histoire d'amour entre Blanche et Noir doit-elle se terminer (morale sauve, chacun dans son camp) ou ne peut-elle que se terminer (dans ce cas, constat lucide et sec d'un état de fait). A ne pas vouloir trancher clairement, on peut se demander si Lee ne joue pas lui aussi au raciste du dimanche soir.

De l'autre côté, on suit la descente aux Enfers du frère du héros (Samuel L.Jackson, survolté et très35186 marrant) dans la drogue ("berk, caca", dit Lee, quel courage). Là, on touche au grotesque, avec la môman qui crie "nooooooooon" quand son fils se fait flinguer par son pôpa baptiste intégriste, et surtout avec une scène de "Maison du crack" qui a dû coûter bonbon en maquillage de figurants. Heureusement, tout se termine bien : les drogués meurent, le pépère retourne à sa noire épouse, la petite fille retourne à l'école, et Stevie Wonder est tout content. Dernier plan : Wesley Snipes marche dans la rue, une droguée lui propose une pipe pour 2 dollars, le gars la prend dans ses bras et crie "Noooooooon". J'ai plus de cheveux. C'est nul.