central_20do_20BrasilBon, on aura au moins appris une chose avec ce film : le Brésil est orange et vert. Moi, je veux bien croire qu'au Brésil, les flics flinguent des délinquants en pleine rue ; je veux bien croire que le traffic d'organes se fait dans des appartements classieux ; je veux bien croire qu'un enfant qui perd sa mère soit laissé à l'abandon. Ce que je refuse de croire, c'est à cette lumière orange immonde qui baigne le film de bout en bout, comme si le soleil se couchait sans arrêt. Au bout d'un moment, on n'en peut plus de tant de filtres. A côté, Bagdad Café, c'est en noir et blanc.

Ce que je ne crois pas non plus, c'est que la vie soit si sucrée. Central do Brasil déborde jusqu'au gavage de bons sentiments, et j'ai bien peur que ceux-ci n'aient jamais réussi à faire un vrai bon film. Ca raconte l'histoire d'un petit gamin abandonné qui veut retrouver son père, et qui est accompagné dans son road-movie par une vieille acariâtre. Mais le croirez-vous ? Sous la cuirasse austère de la bonne femme se cache un petit coeur qui bat, et le voyage finira par dévoiler une complicité entre les deux laissers-pour-compte. N'en jetez plus, et rebalancez-nous Bonne nuit les Petits, c'était nettement plus punk. Pour filmer cette bluette, Salles, outre les filtres cités plus haut, abuse des mouvements très class de caméra : il filme un voleur en fuite qui court dans la rue orange, traverse un métro vert et finit dans une impasse orange en un seul plan ; il cadre en plongée orange et très large un paysage orange pour faire le point sur un misérable intérieur vert ; il fait tournoyer son chef-op pour donner à une improbable procession religieuse une sensation de foule vibrante orange et verte... Bref, ce n'est pas ce qu'on pourrait appeler de la dentelle fine du Puy-en-Velay.

Les situations de scénario sentent la sueur à 10 bornes, Salles n'ayantcentral_station_1 aucun sens du tempo. Du coup, il remplit son scénario de "faits" sociaux, de faux reportages sur son Brésil orange favori, et tente de faire rentrer tout ça dans son historiette à chaque fois qu'il le peut. On n'a jamais l'occasion de suivre réellement aucune des deux directions choisies (l'histoire de filiation et le portrait d'un pays), tant Salles veut tout mettre en 1h45 de bobine. Dommage, car un ou deux personnages auraient pu valoir le coup d'être réellement regardés (la soeur de la vieille, les frères du gosse). Pris dans un tourbillon gluant de naïveté, ils ne peuvent que rentrer dans l'histoire et en sortir, sans être aimés par le réalisateur. A la fin du film (il y a au moins 12 fins, sans cesse cassées), les renvois de Haribo devenant trop fréquents, on éteint ça avec la sensation d'avoir revu Sissi Impératrice. Non aux films gentils. Et oranges.