ROUN4026_1_Ce combat des mineurs contre les directeurs de leur compagnie et de façon plus vaste contre l'organisation de la société reste 30 ans plus tard un combat de tous les instants. Barbara Kopple sait intelligemment se fondre parmi cette population de mineurs et son travail, à l'aide d'un montage remarquable et d'une bande son dédiée entièrement à son sujet (chansons traditionnelles ou sociales à la Springsteen) illustre parfaitement cette rebellion de David contre Goliath.

Comme le dit au début un ancien mineur et ancien gréviste des années 30, lorsqu'il y a un problème, on nous envoie d'abord la police, puis les politiques, puis les responsables religieux, une fois qu'on a compris qu'ils ont tous partie liée et que seule la solidarité des mineurs peut changer quelque chose, tout est dit. 13 mois de grêve pour avoir gain de cause et cela uniquement après qu'a eu lieu un incident particulièrement dramatique. Si l'on comprend rapidement, vues leurs conditions de travail et leurs conditions de vie pourquoi les mineurs se battent, on a du mal au départ à comprendre contre qui vraiment ils doivent se révolter; Kopple parvient à nous montrer tout d'abord le vrai visage de la personne qui esharlan_1_t à la tête du syndicat national des mineurs (un homme, entièrement au service du pouvoir, qui ira jusqu'à faire tuer son opposant direct aux élections pour rester en place); ensuite, il y a les briseurs de grêve et autres portes-flingues qui tous les jours en usant de la violence parviennent à accéder aux mines; cela donne lieu a deux scènes absolument hallucinantes où l'on voit le chef de ces enfoirés (pas d'autres mots) tirer depuis sa bagnole sur les manifestants; l'on croit d'autant plus rêver que, le lendemain, le chef de la police à qui l'on vient de remettre un ordre d'arrestation contre celui-ci, va le voir après moultes hésitations sans procéder automatiquement à son incarcération. Il faudra que l'un des mineurs soit abattu lâchement par l'un de ces hommes pour que tout le monde revienne à la table des négociations - le meurtrier ne sera lui pas inquiété. Au-dela de ces images chocs, on assiste surtout au rôle de soutien des femmes auprès de leur mari qui sont là constamment pour repartir au combat, et à ne rien lâcher coûte que coûte. Il est un peu dur de les voir toutes se munir d'un flingue lorsque la situation avec les briseurs de grêve commence vraiment à chauffer mais on voit mal quelle autre solution est envisageable (Gandhi était pas libre et dans cette situation, il se serait pris une balle au milieu de front recta). Contre le feu, le feu, dit l'une d'elles et on finit par comprendre HAR001_1_son exaspération face au manque de réaction du gouvernement en leur faveur. Il y a également dans ce documentaire inattaquable une discussion excellente entre un mineur de Harlan et un flic de New York parlant chiffon pendant laquelle ce dernier donne entièrement raison au combat du mineur et on se dit que des flics comme ça, ça fait chaud au coeur.

Comme le disait Ebert (peut pas avoir toujours tort) lors du festival de Sundance en 2005 où le film était à nouveau présenté, on a plutôt l'impression 30 ans plus tard que la situation sociale et le droit de l'individu ont plutôt reculé. A quand une présentation en Chine, mon père Ebert?