Profitons d'une soirée libre pour mater un de ces films qui nous tient à coeur. Je connais Dark Waterdarkwater_big absolument par coeur, mais c'est toujours avec un petit frisson d'angoisse que je redécouvre cette petite fille au visage flou et en ciré jaune qui rôde dans les couloirs cradasses d'un immeuble innondé. Ce film est pour moi une perfection, dans le sens où il parvient à faire du "populaire" (les codes du cinéma d'horreur sont là, et très bien sentis) tout en racontant des choses sûrement assez profondes.

C'est donc avant tout un film spectaculaire, jouissif dans ses effets destinés à vous vriller les tripes, très angoissant, de DarkWater4cette angoisse latente qui vous tient bouche bée pendant 2 heures. Certains "trucs" sont impeccables dans le tempo, dans l'invention visuelle pure : la petite main d'enfant qui se love dans celle de l'adulte, sans qu'aucun enfant ne soit présent dans la scène ; le mystérieux petit sac rouge qui apparaît illogiquement partout ; les décors d'eau, très beaux (la photo du film est sublime) ; le personnage cité plus haut (la fillette en ciré), effrayant justement par sa vulnérabilité... Bien sûr, Nakata, depuis Ring et aussi depuis ce film, est copié, recopié, pillé même, ce qui fait que Dark Water a déjà un peu vieilli, mais il n'empêche que ses trouvailles inventives n'ont jamais retrouvé d'égales par la suite.

Mais ce que j'aime surtout là-dedans, c'est que Nakata parvient à parler de choses très intimes à l'intérieurp3 de cette forme spectaculaire. Il s'agit ici du désamour progressif d'une mère pour son enfant, de son incapacité à assumer le développement de sa fille, de sa lutte contre ses angoisses d'enfant abandonné, de son refus d'endosser pleinement son rôle de mère. La fin du film est en ce sens magnifique, toutes les dernières scènes, belles et suprêmement intelligentes, bouclent le truc avec beaucoup de sensibilité. Coincée dans le domaine abstrait de la folie et de l'absence de temps, la mère devient une pure forme, alors que sa fille a grandi et s'est développée. Par petites touches, p2Nakata montre cette lente dégradation des rapports parentaux, et donne un aspect étrangement poignant à ses plans  : une fillette assise qui attend sa mère sous la pluie, un ascenseur qui vomit de l'eau (liquide ammiotique) sur une enfant, une tâche qui grandit sur un plafond (merci Kiyoshi Kurosawa et son Kairo, pour le coup), un petit monstre sans visage qui ne sait que hurler "maman"... Ce film est à mettre aux cotés des grands Carpenter ou de Shining de Kubrick dans son parfait dosage entre cinéma de genre et profondeur psychologique. Aligato.