death_of_mr_lazarescu_1_Si jamais l'envie vous prend de tomber malade - c'est pas trop le cas en Chine- , il est clair que les options "vieux, malade et en Roumanie" laisse d'autant plus rêveur. Non pas que le système de soins soit forcément pire ou mieux qu'ailleurs, mais Puiu nous fait suivre avec une telle intensité la chute vertigineuse de ce malade et les analyses plus ou moins justes du personnel hospitalier qu'on frémit pendant 2h20, comme si l'on recevait de lents mais de violents uppercuts en plein foie et en pleine tête.

Lazarescu (dès le titre on comprend bien qu'il se tient sur le seuil de la mort) a 62 ans, vit avec 3 chats qui puent et se traîne ses deux ulcères sans que jamais cela l'ait empêché de boire quotidiennement son litron de gnôle. Ses voisins et les ambulances semblent coutumiers du fait mais ce jour-là tout semble vraiment mal aller (il avait mal à la tête avant même de boire, ouais c'est sûr, c'est pas normal). Après les précautions d'usage de ses proches voisins qui connaissent son haleine de bouc et ses mauvaises habitudes, ils finissent par admettre que ces vomissements ternis de sang ne sont pas super normaux. L'assistante ambulancière qui a 16 ans de métier et qui en a vu d'autres finit également par convenir qu'un petit tour à l'hôpital ne serait pas une sinécure. Po de bol, il tombe le jour d'un accident de bus aux alentours de Bucarest qui a fait des dizaines de blessés et c'est un peu la panique dans tous les services. Si Lazarescu n'a pas sa langue dans sa poche, les docteurs vont vite le remettre à sa place, mais il gagnera tout de même le droit d'une visite gratuite de tous les hôpitaux de la ville ; entre diagnostics foireux et avis de spécialistes, infirmières humanistes et personnels fatiguées à mort, médecins consciencieux (pour son bien) et docteurs magnanimes (s'il ne signe pas la décharge pour se faire opérer (il comprend plus rien le pauvre), qu'il rentre chez lui), il va se retrouver ballotté jusqu'à en perdre véritablement la boule... il semblait certes condamné d'avance à mourir mais on peut pas dire qu'en dehors de l'infirmière d'urgence, beaucoup aient fait preuve de compassion - ils en ont sûrement vu d'autres et cela fait d'autant plus froid dans le dos.

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Que le film sorte sous l'appellation de "comédie satirique" ou de "sommet d'humour noir" est quelque peu réducteur et ne donne pas forcément le ton du film - il y a un tel réalisme (il serait plus juste de parler de "comédie humaine") que cet aspect balaie tout sur son passage. A aucun moment le spectateur n'a la possibilité de respirer de l'air pur, tant il se retrouve aspiré jusqu'à l'étouffement par les dernières heures de ce malade lambda, de son appartement malsain à sa table d'opération dans une minuscule chambre d'hôpital. Primé à Un Certain Regard, ce film dont il faut accepter la pesanteur et l'absence de compromis (musique joyeuse sur le générique de début et de fin, point... (ouais ça va, hein....)) est une grande réussite, émotionnellement et... humainement parlant. Une autre chute en quelque sorte...