photo_20amour_201_1_Ça fait toujours plaisir de retrouver le monde de quand on était bébé. Ah ces merveilleux sous-pulls qui "grattent", ces robes post-soixante-huitardes qui s'arrêtent un millimètre au dessus des cuisses, ces couleurs chatoyantes toutes délavées d'orange et de bleu... Eh oui 72, et pourtant c'était hier, comme dirait l'autre.

Bon le film : cela tient en deux lignes - un homme marié qui aime sa femme (ils disent tous ça, mais bon le gars ici est honnête), et a un, bientôt deux enfants, retrouve une ancienne connaissance... de fil en aiguille, cet homme qui aime les femmes sans jamais consommer, va être de plus en plus attiré par son amie...  Eh oui, chez Rohmer, la frontière entre l'amitié et l'amour entre homme et femme est toujours très fine et souvent traversée. Si la voix off au début est très bavarde, comme d'hab, ensuite Rohmer a l'art de faire respirer ses dialogues, les deux personnages principaux parlant vraiment de tout et de rien (c'est vachement dur à écrire, cela n'a pas l'air...) ce qui permet à une complicité naturelle de voir le jour. Le personnage joué par Zouzou (ouais po facile à porter comme nom - genre de Dani en plus saine (rires)) évolue aussi bien dans ses coiffures, dans son style que dans le charme qu'elle dégage pour que son ami finisse par tomber dans ses bras (elle aimerait bien un enfant de lui): on est chez Rohmer, c'est un peu comme chez les Amish, faut pas non plus s'attendre à la fête du slip -; s'il a de plus en plus de mal à résister -des ptits bisous par ci par là, une séance de séchage à la sortie de douche plutôt tentante- l'homme a une trempe de fer et n'ira jamais rejoindre son amie nue dans son lit ; il retournera rohmerauprès de sa femme, ce qui fait un peu plan-plan, mais l'essentiel étant qu'il n'ait pas cédé à la tentation et soit délivré du mal (enfin de Zouzou), amen. Chez Rohmer, généralement quand on court 2 voire 3 lièvres à la fois, on finit toujours par se faire taper sur les doigts. Ici ce réflexe bourgeois de repli sur son couple semble trouver l'approbation du cinéaste, même si pendant l'essentiel du film il a cherché à nous faire fantasmer (à l'unisson de son héros) sur toutes les femmes jolies que l'on croise dans la rue et les aventures potentielles que chacune d'elles représentent. L'art du flirt, le rohmerantisme (appellation cinématographique pour le marivaudage) a encore frappé.   (Shang - 10/11/06)


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Ça parle, ça parle, ça parle chez Rohmer, ça fantasme, ça évoque, ça ambiguite à tout va, mais de là à passer dans les corps, il y a un pas à franchir... ou pas. Troublant marivaudage, en effet, dans ce film finalement assez sensuel sous ses dehors d'intello parisien. On arrive tout de même à voir les fesses de la quasi-totalité du casting féminin, exposées ainsi sous le regard de Bernard Verley, bourgeois chic et un peu toc qui ressemble diablement à Rohmer lui-même. Avec une ironie mordante, le cinéaste croque le portrait d'un homme attiré par les femmes et qui se frustre lui-même sous les conventions morales de sa classe. Pourtant, la petite Zouzou est bien affriolante, et n'a pas ses désirs dans sa poche, s'amusant de la niaiserie de cet homme enfermé dans ses idées sages. L'actrice, mélange de Bernadette Laffont et Marie-France Pisier, est impeccable, proposant à Verley un monde qui lui est étranger, plus aventureux, moins conventionnel. Tenté, le gars, comme tous les gars, préfère utiliser ses fantasmes comme voie ultime de son amour : il ne cessera de parler à la belle de désir, sans jamais oser franchir le cap. La langue, chez Rohmer, est encore plus érogène que les corps, et s'il se laisse aller à regarder ici Zouzou disposée en Psyché sur son lit ou la même essayant sensuellement des robes dans une arrière-boutique excitante, sa façon de parler de sexe reste verbale. L'Amour l'après-midi est donc un autoportrait en puceau priapique, qui ne cache pas sa propre cruauté envers soi-même. Le film se termine pourtant, de manière inattendue, par une très belle scène entre Verley et sa femme (dans le film comme dans la vie, d'ailleurs, ambiguïté supplémentaire), où l'on découvre que ce marivaudage mi-figue mi-raisin laisse des traces : pour cette fois, aucun mot n'est prononcé directement, mais on devine que l'épouse a compris bien des choses, et qu'elle-même n'est peut-être pas tout à fait innocente dans l'affaire. En tout cas, outre son scénario et ses dialogues malins, le film est très agréable : acteurs nickels, montage au taquet, et mise en scène faussement simple, parisiennissime, qui inscrit comme toujours les mots dans un espace très défini, et ceux qui les prononcent dans des relations physiques bien dessinées (Verley, en face à face, fait le malin ; mais dès que les yeux se détournent, sa vérité et son désarroi ressortent). Le Mon Curé chez les nudistes de Rohmer...   (Gols - 06/01/19)

midi07

L'odyssée rhomérique est