annsheridan9thumbIl suffit d'imaginer deux secondes la même histoire tournée par un de nos tâcherons français pour se rendre compte de l'énorme talent des films de comédie américaine. Sans Cary Grant, qu'on aurait par exemple remplacé par De Funès, et sans Hawks, remplacé par Lautner, I Was a Male War Bride serait au niveau d'une grosse pochade franchouillarde. Qu'on en juge : le scénario raconte comment, par des quiproquos et des rebondissements trop longs à résumer, un homme est obligé de se faire passer pour une "épouse de guerre" s'il veut satisfaire les élans de ses parties pré-natales. Wouarf wouarf, direz-vous, et vous n'aurez pas tort. Certaines considérations sur les femmes, et leur rôle dans le couple, laissent sur le cul tant elles sont rétrogrades et beaufichonnes. On a droit notamment à une grande poilade quand Cary se retrouve avec un bébé sur les genoux (hilarité du public) ou s'affuan4_allezcoucherble d'une perruque de gonzesse (roulage par terre de l'audience). Ouf, ça a évolué, merci Simone de Beauvoir.

Pourtant, le film est très plaisant, grâce donc aux acteurs, pétillants, subtils et hilarants. Grant est le plus grand acteur américain, que ce soit dans les comédies ou les drames. Là, il est parfait de retenue, de dignité, et empêche son personnage de tomber dans le ridicule total. On ne se moque pas de lui, mais des complications retorses de la breaucratie. Ses regards, son rythme de mouvements, etmale ses poses sont toutes géniales. Hawks se contente donc, avec intelligence, de filmer son acteur, et c'est tant mieux : devant tant de génie, nul n'est besoin d'en rajouter. Il faut savoir s'incliner devant un acteur, quand il est à ce niveau. Si les gags du film sont médiocres (ah ah Grant qui fonce en moto dans une meule de foin ! hi hi il reste accroché à une barrière de chemin de fer !...), les dialogues sont savoureux, très joliment rythmés là aussi, élégants en diable. En face de Grant, la petite et agaçante Ann Sheridan tient bien la route en femme émancipée (mais quand même énamourée, hein, faut pas déconner, c'est une fille), et les ambiances plantées par Hawks sont délicieusement surannées et belles. Ne hurlons pas au chef d'oeuvre, mais reconnaissons que c'est un petit moment agréable, signe d'un savoir-faire perdu fait de modestie et de joie de vivre. Et puis ça doit faire méchament chier les Chiennes de Garde.