postlarge_1_Je n'en reviens toujours pas que certains critiques (notamment au temps du Hero mais également auparavant) aient eu le mauvais goût de faire de Zhang Yimou un cinéaste à la solde du gouvernement chinois. Soit ce sont de pauvres types, soit ils n'ont rien compris à ce film-somme où l'ironie, l'humour cotoient constamment la détresse et la tragédie. Et s'ils n'ont pas encore intégré qu'il s'agit, avant tout, d'un grand cinéaste, qu'ils aillent pêcher la carpe.

Des Années 40 aux années 70, l'on suit la vie d'un couple (Ge You, hallucinant, Gong Li comme d'hab) qui va subir les remous tumultueux de l'histoire de son pays. Après avoir perdu au jeu l'immense propriété de son père, Fugui se retrouve à la rue, devant vivre du spectacle de marionnettes dans lequel il excelle - pendant la guerre, pris entre les troupes de nationalistes et communistes, il ne devra son salut que par son art avec lequel il divertira les troupes. De retour à la casa, il se félicitera avec sa femme d'être devenu pauvre, après avoir assisté à l'exécution de celui qui avait gagné sa maison, taxé de "propriétaire capitaliste". Ils résisteront ensemble à tous les tourments du régime, leur fille perdant la parole après un accès de fièvre, perdant leur fils par la faute d'un des chefs du parti. Entre désespoir et fatalisme, Fugui trouvera toujours la force de tenir le coup malgré les absurdités maotsétungiennes (L'hôpital qui se retrouve sans docteurs ayant tous été accusés d'intellectuels - ils perdront par la même occase leur fille qui venait d'accoucher -; tous les anciens cadres qui se retrouvent du jour au lendemain forcés de faire leur auto-critiques sur des tonnes de papier quihuo_r2_3_1_ finissent par étouffer la ville et couvrir les horizons; ou encore cette scène qui fend le coeur où il doit brûler ses marionnettes à la "révolution culturelle" pour obéir aux nouvelles directives où "plus c'est ancien, plus c'est dangereux" - ça laisse rêveur quand on voit aujourd'hui la promotion du tourisme (pardon)... et j'en passe). Comme il le dit à son fils: il espère que sa famille sera comme un poulet qui se transformera en oie, puis en mouton puis en boeuf et... et après, demande son fils... et ben après il n'y a que le communisme. Chaque séance où ils se retrouvent tous les deux au cimetière pour rendre hommage aux disparus vous fera faire un gros trou dans votre réserve de Kleenex pour l'hiver, avant de vous plier en quatre tant leur scène d'auto-accusation atteint des summum dans le caustique. On pourrait ajouter une musique envoutante, un cadre toujours parfait aussi bien dans les séquences de batailles que dans les scènes intimes, un sens des couleurs (il suffit de se rappeler Ju Dou) absolument époustouflant et pis et pis...

Bref,  c'est tout simplement un film qui vous emporte prendant 2 heures sur 40 ans d'histoire de la Chine et qui vous fera passer par 3000 émotions - vivre, dit-il, mais savoir aussi filmer, ajouterai-je.