Abhijan - The Expedition - (1962) de Satyajit Ray
Superbe récit que l'histoire de ce chauffeur de taxi. Après s'être fait quitter par sa femme, il veut plus jamais entendre parler du sexe féminin, brûle les livres de Virginie Despentes - et il ne veut même pas en accepter une dans son taxi. Le jour où il fait le malin à dépasser son boss et perd sa licence de taxi, on se demande bien comment il va finir... Et puis le hasard des rencontres le fait croiser un richissime commerçant pas très clair qui lui demande de venir s'installer dans son village où il n'y a pas de taxi ainsi qu'un homme dont le grand-père était lui-même ami avec celui-là même de notre chauffeur. Sur sa route, il croise également deux femmes qui lui rappellent que quand même il est po facile de s'en passer, la sublime Neeli (Ruma Guha Thakurta) la soeur de son ami et la sublime Gulabi (Waheeda Rehman), la servante du commerçant.
Cette dernière vient trouver refuge chez lui la nuit car son patron a tendance à abuser d'elle mais il reste de marbre car il a une grosse faiblesse pour Neeli - jusqu'à une nouvelle désillusion... Il finira enfin par regarder Gulabi, l'alcool aidant, puis sera aussi tenté par l'argent facile du trafic d'opium que lui propose le commerçant - mais fidèle à l'esprit de ses ancêtres, il finira par garder la tête froide et à rentre
r dans le droit chemin, toujours au volant de son taxi pourrave, une Chrysler modèle 1930 (Ah ben oui, c'est pas une Twingo). Ce qui charme chez Ray, c'est aussi bien le style très coulant de sa caméra, que les jeux et les échanges de regards entre les protagonistes (faut dire que l'Indienne a le regard profond), que l'esprit de rectitude morale qui finit par l'emporter - loyauté, amitié, honnêteté. Il y a bien sûr aussi de longs plans tournés à partir d'une caméra embarquée sur le taxi - superbe course contre un train et scène de dépassement d'un bus plus prenante que dans Duel-, des personnages qui ont tous une épaisseur (il faudrait parler plus en détails de son assistant chauffeur, homme à tous faire), et des séquences à mourir - lorsqu'il marche côte-à-côte avec Neeli dans un bien joli travelling arrière ou lorsque Gulabi entreprend de le séduire en improvisant une petite danse autour de lui qui le laisse moins expressif que Gandhi -, bref c'est du Ray, il n'y a rien à jeter.
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