films_taninnokao_1_Je reste décidément dans le monde des masques après The Banquet, à la différence prêt que Teshigahara est un vrai cinéaste.

Deux histoires parallèles: un homme défiguré (genre Elephant Man mais recuit sur un poêle, bandé façon Kaurismaki dans l'Homme sans passé) se voit proposer par un médecin un masque qui lui permet de reprendre figure humaine (Là, Franju et Les Yeux sans visage pointent leur nez)- il entreprend de re-séduire sa femme (qui se prête au jeu sans être dupe, la coquine) alors que peu à peu son nouveau visage semble influencer une nouvelle identité - il finit par tuer le médecin d'un coup de couteau, la créature FACE021_1_se rebellant face au créateur pour pleinement s'assumer...; plus discrète est l'histoire de cette jeune fille irradiée à 50 pour cent (Nagasaki n'est pas si loin) qui décide de faire l'amour avec son frère avant de se suicider.

Besoin pour le Japon de se donner un nouveau visage, ou réflexion en profondeur entre les relations tortueuses entre l'esprit et l'apparence? Il y a tout cela et encore plus dans cette oeuvre urbaine du couple japonais Teshigahara/Abe Kobo. Quelques scènes très oniriques comme cette porte de laboratoire qui s'ouvre sur des cheveux flottant semblant préfigurer le suicide de la jeune fille; les multiples superpositions sur des glaces de dessins de contours de visage ou de croquis de De Vinci avec la tête bandée de notre héros, comme pour mieux illustrer la complexité les liens qui se tissent entre leFACE03_1_s différentes "couches" de l'être humain, de l'épiderme au cerveau; une ultime scène où "l'homme avec visage" et son médecin croisent une foule de gens portant des masques (Matrix n'a rien inventé, non) comme si chacun d'entre nous tendait à vouloir se cacher derrière les apparences; cette séquence très sensuelle de séduction sous la table où les jambes du mari et de sa femme s'entrecroisent. Quelques réflexions qui laissent songeur (Aimer, est-ce vouloir démasquer l'autre? -  l'individu dont l'identité demeure cachée aura-t-il tendance à passer du côté sombre de la force?) et une musique envoutante enrobent le tout et on se dit que le cinéma des Années 60 au Japon tient la dragée haute à la Nouvelle Vague française.