Voilà le genre de film limite qui pourrait très bien vous énerver en trois coups de cuillère à pot : un premier18395998 film très "poseur", très stylisé, derrière lequel on sent un gars aux dents longues qui fera tout pour réussir.

Et pourtant, Element of crime convainc totalement. Le style très ampoulé de Von Trier apparaît tout à fait cohérent, justifié par un scénario tortueux basé sur un flash-back en hypnose : du coup, ces plans hyper-travaillés, retouchés, complexes, baignés dans une lumière orangeâtre deviennent comme évidents, et j'ajoute : très beaux. J'aime beaucoup ce mélange entre esthétique hyper-contemporaine (fondus enchaînés pas poss, virevoltages de la caméra qui prend des element_of_crime_PDVD_003criterion_angles et des virages incroyables, virtuosité dans l'utilisation de l'espace) et vieux trucs de cinéma (les transparences chères au ciné des années 50 sont merveilleusement remises à jour, tout comme le bon vieux style polar noir à la Hammett). Il faut bien l'avouer, le film est une merveille visuellement. Chaque scène, pourtant très chargée par la présence obsédante du réalisateur qui ne disparaît jamais derrière son film, est nouvelle dans son traitement, bluffante dans ses couleurs etelement_of_crime_01_press sa réalisation. On est pourtant très loin des crâneries vaines des nullités esthétiques que sont Fight Club ou Avalon : Von Trier a son propre univers, qui ne doit rien au commerce ou à la drague d'un public facile.

Le scénario, relativement classique, devient quand même au fur et à mesure de plus en plus abstrait, "lynchien" pour ainsi dire (le film a beaucoup de rapports avec les élucubrations de Lynch), en tout cas étrange et chargé. Jusqu'à un final éblouissant et décalé, très lyrique, assez énorme. Bref, c'est la naissance d'un grand, ça paraît évident.