Capt_ImageVoilà un petit film qui fleure bon les années 80, une petite chose modeste et démodée qui fait chaud au coeur. Comme toujours avec Altman, ça n'est pas un chef-d'oeuvre, mais c'est intelligent comme tout, discret et pro, artisanal et très bien maîtrisé.

L'action se déroule en un lieu unique, un dortoir de régiment où une poignée de jeunes recrues attend le départ pour le Viet-Nam. Chacun, dans cette attente, va se révéler dans sa vraie nature, homo refoulé ou assumé, tortionnaire, grand sensible sous le cuirasse kaki, ou lâche (beau personnage-figurant du soldat qui se cache sans arrêt sous les draps dès qu'il y a danger). Le film est très théâtral, dans cet emploi du lieu et du temps uniques, et surtout dans sa direction d'acteurs : ils sont tous superbes, cabotins à mort mais très intérieurs, dans ce jeu à l'Actor's Studio qui est daté à mort mais très émouvant àCapt_son revoir. La plus belle interprétation va à ce gradé alcoolique qui n'arrive pas à oublier les horreurs de sa guerre, pathétique, violent, ridicule et profond. Face à lui, les autres sont tous très habités et tendus : Modine, par exemple, est parfait en homo qui s'ignore, et j'ai rarement vu un acteur mourir aussi bien (Godard aurait détesté).

Le scénar sent son théâtre psychologique à la Arthur Miller, il est un peu trop écrit et "fini". Mais Altman le transcende par une mise en scène très mobile, qui s'attarde en gros plans sur des détails (une main crispée, une bouteille cassée, une tache de sang). On pense souvent aux Bas-Fonds de Kurosawa dans cette utilisation maximale des contingences de son décor. Les occurences de l'extérieur sont superbement travaillées : on aperçoit par la Capt_filmfenêtre une femme blonde qui se fait draguer par des militaires, ou deux caporaux ivrognes qui jouent à cache-cache, et il n'en faut pas plus pour planter un univers acerbe et noir du meilleur effet. La critique de l'absurdité de la guerre apparaît bien, en creux, dans l'absence d'action même. A noter aussi un générique très réussi, ballet macabre de manoeuvres soldatesques dans un brouillard glauque. Le réalisateur de MASH est là, mais cette fois sans farce, sans humour (ou presque), dans tout le désespoir du constat. Un film somme toute assez glaçant.