jlg_jlg01Il y a comme ça des films de Godard qui vous vont droit au coeur, sans passer forcément par votre cerveau. JLG/JLG en fait partie : c'est un film profondément émouvant, d'une mélancolie et d'une liberté totales. Godard y tente un auto-portrait tour à tour nostalgique, caustique, cynique, expérimental, contemplatif et abstrait... et réussit haut-la-main chacune de ces parties. Bien sûr, une grande partie du film est absconse, voire incompréhensible. On ne sait pas toujours de quoi le gars est en train de nous parler, ni ce qui motive telle ou telle image. Mais le jour où on comprendra que la poésie, c'est ça, la perte, l'acceptation d'un monde autre fait de correspondances plus que de sens (Rimbaud my love),godard3 on aura fait un grand pas dans la compréhension de Godard.

Il y a dans JLG/JLG les plus belles phrases du maître : "La culture, c'est la règle ; l'art, c'est l'exception" ; "Le passé ne meurt jamais, il n'est même pas passé" ; ou encore, à la vision de son film Hélas pour Moi : "La monteuse : -C'est du jamais vu. Godard: -Vous avez tout à fait raison, personne ne l'a vu". Les plus beaux plans sont ceux où Godard assume sa solitude, en filmant ses livres, ses meubles, ses tableaux : là, il arrive à rendre lyrique et 15337profond son isolement quotidien (bien aidé, cela dit, par les musiques incroyablement belles qu'il choisit). Le film montre tout simplement un ermite assumé, un homme parti du monde qui vit dans la beauté de l'art et des films (Pasolini, Fassbinder, Rossellini, Renoir... ou Godard), qui "porte le deuil avant de mourir". Son monde, figé (les plans sublimes sur les paysages de neige ou sur le lac), est pourtant le plus vivant que le cinéma contemporain ait montré : c'est un monde où chaque vaguelette, chaque cri de corbeau, chaque son de vent, est compris, poétisé et transformé en Art. JLG n'en tire aucun sérieux particulier, son humour est bien toujours là (les rapports avec sa bonne, la partie de tennis...).

Godard est immense, tant pis pour ce qu'en pense Depardieu (voir les Inrocks de cette semaine). Et Shang, fournisseur officiel de films de Godard (introuvables en France, c'est quand même scandaleux) est immense itou.

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