LIVRE : Pertes Humaines de Marc Molk - 2006
Parmi les centaines de bouquins qui sortent en cette rentrée, j'ai tendance à choisir les plus modestes, d'autant que ce Pertes Humaines s'annonçait très bien dans son projet. Marc Molk (cherchez pas, c'est un premier livre), 34 ans, recense une trentaine de personnes qu'il a perdues au cours de son existence. Pour chacune, il annonce, chiffres à l'appui, le "coefficient de perte" (l'intensité du sentiment de perte), la part de sa responsabilité dans la perte, et les chances de renouer, puis il dresse une courte biographie de son histoire avec ladite personne. Ca va de femmes qu'il a aimées au clochard croisé un jour sur un banc, d'un héros de Goldorak au foetus de son petit frère, d'un ami à un pépé mort. Le côté scientifique de la chose est réjouissant, on pense forcément aux gens qu'on a soi-même connus, et on envie le gars d'avoir eu cette idée lumineuse. Il y a des moments où il faut savoir faire le deuil des gens, et cette méthode est sûrement un très bon moyen d'y arriver.
Malheureusement, le texte lui-même n'est souvent pas à la hauteur de l'ambition mélancolique de la chose. Molk écrit un peu vite, on ne sent jamais cette urgence d'écrire qu'on aurait dû trouver dans un tel projet. Si certains portraits font mouche par cette concision et cette pudeur de sentiments, d'autres sentent un peu la crânerie (le type s'est tapé un gros paquet de nanas). Le tout, en plus, -et c'est quasi-revendiqué par Molk- fait un peu nombriliste, comme s'il avait écrit ce "journal de bord" pour lui seul, ses amis, et les gens qui figurent dans le bouquin. On frôle parfois le règlement de compte (le courrier est fait pour ça, pas la littérature). Du coup, on a du mal à éprouver une quelconque empathie pour le bonhomme, somme toute assez désagréable dans ses poses. J'accorderai un satisfecit à Molk pour certaines formules bien troussées, à la lecture desquelles on hausse un sourcil amusé : par exemple, à la fin du récit d'un amour de maternelle désaprouvé par les parents : "L'année suivante, ma mère s'arrangea avec une collègue pour me changer de classe et j'eus le droit de posséder un hamster."
Beau projet, réalisation floue.
Commentaires sur LIVRE : Pertes Humaines de Marc Molk - 2006
Je trouve votre critique très intelligente mais un peu dépendante d'un horizon d'attente déçu. Je n'ai pas voulu tout dire et me vautrer dans la vérité. Alors j'ai travaillé les angles morts. J'ai soigneusement évité l'apitoiement sur soi, qui se traduit toujours par un pathos en toc à l'écrit. Je ne cède pas à la mélancolie, je ne fais pas semblant d'y céder non plus.
Je suis surpris, mais je l'accepte, que vous m'ayez trouvé crâne. J'ai recompté puisque je suis maniaque : sur 33 fiches, 8 seulement concernent des histoires d'amour concrètes, petite enfance comprise. Ce ne me semble pas à proprement parler la vie d'un Don Juan. J'aurais du mal à vous convaincre en un seul commentaire que je suis très sympathique, surtout après l'étalage de toutes ces amitiés perdues. A propos du nombrilisme vous dites plus haut : "on pense forcément aux gens qu'on a soi-même connus", le pari est donc gagné à mon sens.
Je tiens à vous remercier de vos compliments, qui me flattent et avant tout de m'avoir lu, vraiment lu. J'espère que mon livre fera pour vous partie de ces ouvrages que l'on refeuillette cinq ans plus tard lors d'un déménagement et qui nous semblent brusquement limpides. C'est peut-être du bon vin.
Cordialement,
Très honoré de lire ce commentaire issu directement de l'auteur (si Godard a envie de faire pareil, qu'il ne se prive pas). Votre livre, depuis que je l'ai fini, me reste curieusement en tête, nul doute alors que je le relirai de temps en temps. Comme je le disais, votre projet me semble vraiment intéressant, et montre une grande sensibilité et une grande intelligence. Vous êtes jeune (le même age que moi, en fait), et aborder un tel sujet à votre âge me semble être la preuve que vous êtes un nostalgique ; mais, tout à fait d'accord avec vous : le pathos est absent de votre livre, et loué soyez-vous pour ça.
Quant à vos "poses", pardonnez-moi l'expression. Il m'a semblé en effet que vous cédiez parfois à une auto-satisfaction dans certains portraits, et notamment dans ceux concernant vos amours perdues. Je n'ai pas le livre sous les yeux, mais il me semble que le portrait de cette japonaise accorte que vous fréquentâtes dans votre période étudiante vous sert un peu de piédestal (pardonnez-moi !)
J'arrête là : votre livre m'a plus touché que ce que j'ai laissé paraître. Et je suis persuadé que vous êtes tout à fait sympathique, ne vous inquiétez pas. Je lirai le prochain avec tout l'intérêt dû. Longue vie à vous.
Longue vie à Shangols aussi.
Amicalement,
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