str11_1_Que ce soit en patinage artistique ou en montage, franchement, que ferait-on sans les Russes? Sur une musique moderne (1988 - the Balloy Orchestra)  relativement au taquet (un ptit soupçon de Moroder peut-être sur un air ou deux, mais cela reste tout de même bien supérieur), ce film défile dans un tourbillon d'images et de surimpressions qui ont fait la marque d'Eisenstein (je dis ça parce que ça fait bien surtout).

Plusieurs moments d'anthologie, notamment dans la première et la sixième partie qui vont tambour str13_1_battant: il y a une véritable réflexion sur le montage d'un mouvement de foule qui donne l'impression hallucinante que les policiers créent la panique dans la fourmilière. Carnage mis en parallèle avec l'égorgement d'une vache (Bardot n'était pas née), les féroces soldats-policiers chargeant tout azimut à dos de cheval. Avec en prime un jeté de bébé du 5ème étage qui fait froid dans le dos. Dans la variation des cadres, des plans larges alternés avec des plans moyens, dans les cadres eux-mêmes (sur cette maison à ciel ouvert où la panique est à tous les étages notamment), dans la rapidité de l'action qui sous entend une mise en scène de folie, Eisenstein est le grand réalisateur des films de masse.

Ce qu'il sait très bien alterner avec les présentations des personnages (les espions du pouvoir qui sont tour à tour évoqués avec les animaux dont ils portent le surnom) et des mini-tranches de vie sur les travailleurs "au repos" - tous les plans sur les enfanstr14_1_ts ou les chats sont d'une précision picturale à se damner. Cinéma de propagande - ben oui - d'une extraodinaire force qui démontre déjà en 1925, la maitrise de l'outil chez nos amis les Russes (des plans aériens, de longs travellings arrière, de courts travelling avant donnant une troisième dimension aux séquences sur les "mouvements" ouvriers (au deux sens du terme) à faire pâlir). Le cinéma chinois apparaît bien sage en comparaison à la même époque.

Eisenstein strikes again et il continuera le bougre.