Ken_Park_posterJe suis sûrement un peu déviant, mais voilà un film que je viens de revoir avec plaisir et intérêt. Bon, il faut faire très gaffe à ce qu'on dit sur ce film, parce que somme toute, c'est assez trouble comme truc. Comme toujours, la fascination de Clark pour les teenagers est à double tranchant.

D'un côté, il semble bien que Clark soit le cinéaste qui a le mieux su cerner l'univers des ados américains : ceux-ci sont perdus, tristes, mais pleins d'espoir, en butte à l'incompréhension d'adultes complètement déclaftés. Si Hemingway était le leader de la génération perdue, des types comme Clark représentent parfaitement une société qui a peur de ses enfants, ceux-ci étant partagés entre romantisme et déchéance, entre sexe et amour, entre douceur et violence. Ils sont capables de faire l'amour aussi bien que de tuer leurs grands-parents de sang froid, ils sont capables de skater comme des fous aussi bien que de dire le bénédicité. De ce point de vue, le film est parfait, cru comme l'est la jeunesse, doux et violent, osé et risqué, drôle et terrible.

D'un autre côté, l'attirance du père Larry pour les pénis de ses adolescents01 est gênante, on sent une pédophilie larvée et à peine cachée qui fait quand même un peu mal. Certes, les scènes de sexe, et notamment la scène de branlette d'un des personnages, sont magnifiques de franchise; il n'en reste pas moins que ce qu'on voit, c'est un ado qui se branle, et ça, c'est limite. On peut par ailleurs reprocher à Clark une incompréhension cette fois-ci totale du monde des adultes : une nouvelle fois, les personnages des parents sont beaucoup trop caricaturaux pour être vraiment crédibles (un Monsieur Muscle alcoolo qui veut sucer son fils ; une nymphomane au botox ; un allumé mystique qui considère le sexe comme une aberration morale ; des petits vieux "waltdisneyesques" qui disent je t'aime au petit jeune qui les assassine...). Même si c'est drôle, c'est souvent tracé à trop gros traits pour Sans_titreque le film remplisse totalement son contrat de portrait critique.

Ken Park est donc un film très très audacieux, assez émouvant, très beau, mais qui souffre un peu côté intelligence. Le discours reste flou. Un plaisir de forme quand même. Il faut de toute façon remercier Larry Clark d'exister pour amener un peu de crasse, de sperme et de jeunesse au cinéma ricain.