Voilà un film absolument impeccable au niveau du scénario. J'adore ces petits trucs de science-fiction des200px_The_Fly__1958__poster années 50, avec des tas de machines inutiles qui clignotent comme des folles et font "bling blip" sans raison, des acteurs dépassés par les évènements qui disent "Oh my Gooood", ces actrices qui hurlent, ces musiques complètement dépassées qui abusent à mort des violons (notes aigues) et des percus (notes graves). Mais The Fly est un peu plus que cela, avec ses élans poétiques (la scène du chat téléporté qui devient un fantôme félin), avec ses moments très violents (la fin, avec un type qui se fait bouffer par une araignée), et ses traits d'inspiration dans les scènes purement récréatives (une chasse à la mouche comme enjeu décisif).

Alors bien sûr, c'est dommage que la réalisation soit si sage, si dénuée d'intérêt. Dommage aussi que le sujet n'arrive jamais à dépasser le simple divertissement (Cronenberg, dans son remake, a su insuffler à cette histoire toute l'appréhension des années SIDA et des transformations génétiques, et une violence contemporaine glauque qui fait merveille). Dommage également que les acteurs laissent quelque peu à désirer (mais c'est peut-être plutôt les personnages qui sont mal dessinés, on sent que Neumann ne s'y intéresse pas beaucoup). Mais pefly3u importe : le film a un charme indéniable, un sens du rythme très bon, et une imagination totale dans son découpage et son scénario. Mine de rien, malgré le côté passé des effets spéciaux, certaines images restent durablement en tête (l'homme qui crie dans sa toile d'araignée, le professeur dément qui griffonne "Love you" sur un tableau, les infirmiers qui entourent l'héroïne, la presse qui écrase le monstre...). Mes respects donc pour le très honnête artisan que fut Kurt Neumann (pas resté dans les annales, mais respect quand même). Un vrai plaisir.