New-York, New-York est bien un film de Scorsese : une histoire de temps qui passe, d'amours perdues18462148 dans les excès et les passions, de rencontres, de conflits, d'alcool et d'incompréhension... Il y a là tout l'arsenal du maître : la reconstitution historique ample et hyper-documentée (en l'occurence, l'immédiat après-guerre et l'émergence du jazz), les personnages épais qui traversent les générations, la cinéphilie obsessionnelle, la mise en scène énorme et sensible. Le côté le plus réussi du film, c'est ça : arriver à resserrer l'intrigue sur un couple, tout en gardant ce fond historique impressionnant, cette vérité. Scorsese, à partir des premières scènes très vastes, a comme toujours l'immense talent de mettre imperceptiblement le focus sur une intimité très serrée, sur un coeur qui bat. De Niro est comme toujours parfait, au-delà de tout, dans le rôle du coeur qui bat en question : il est tour à tour inquiétant, touchant, drôle, violent, et toujours dans le personnage. Impressionnant. Les références du gars Scorsese en matière de comédie musicale sont là aussi parfaitement assumées : bon, moi, j'ai reconnu An American in Paris, Let's Make Love, A Star is Born, Gentlemen prefer Blondes, mais il y en a sûrement d'autres. Dans ces séquences-hommage, Scorsese est très malicieux, retournant les scènes à l'identique (décors, costumes, chorégraphies) en y ajoutant un ton 70's délicieux.

18462149D'où vient alors que l'émotion ne se pointe que rarement? J'avoue que je me pose la question. Liza Minnelli y est peut-être pour quelque chose, elle est un peu plate, elle cabotine pas mal (et face à De Niro, c'est mortel), elle est rarement touchante (sauf dans le dernier quart d'heure, magnifique). Et puis, je ne sais pas, peut-être que le sujet n'était pas si fascinant que ça : on dirait que Scorsese laisse peu à peu tomber, ne sait plus trop quelle ficelle tirer, sur quelle émotion jouer. Certaines scènes sont à la limite de l'absence de réalisateur (je dis ça avec horreur, étant fan de Martin... Pour me rattraper : il y a une scène géniale dans sa mise en scène, la scène de bagarre entre les deux amoureux dans le taxi). En fin de compte, on n'assiste ni plus ni moins qu'au déchirement d'un couple, et ça ne suffit peut-être pas pour faire un film. Enfin, si Scorsese filme très bien la musique live, ses scènes de clubs sont un poil convenues, avec les passages obligés de caméra qui domine la salle puis fait le point sur une table, avec les micro-drames au comptoir, avec les figurants qui applaudissent.

Voilà, pas complètement emballé par le film, donc, mais tout de même ravi de constater que Scorsese n'est pas qu'une machine à faire les chefs-d'oeuvre (ce que confirme son oeuvre actuelle !)