lord2En voyant ce film, j'avais envie de voir : 1) le nouveau Andrew Niccol, cinéaste qui m'avait plutôt convaincu avec Gattaca et Simone, et 2) un film engagé et documenté sur le trafic d'armes et les accointances secrètes entre Etats puissants et Etats en guerre.

Eh bien, raté. Lord of War n'est pas un film de Niccol, ou alors c'est que le gars a fini par se prostituer à l'autel de la grosse machinerie hollywoodienne vide et ennuyeuse. La mise en scène de ce film est insupportablement crâneuse et fashion, un condensé d'erreurs de rythme, de fautes de goût, d'aberrations formelles. L'esthétique générale est plus proche d'une pub pour Nike que du cinéma. Dès le générique, on se désole : Niccol nous fait suivre le parcours d'une balle de fusil, de sa fabrication à sa fin dans le crâne d'un pauvre africain. Moralement, on reste rêveur (faire du chic avec la mort, n'est-ce pas aller dans le sens d'une glorification des armes, donc se contredire par rapport au sujet ?) ; formellement, on comprend que la référence de Niccol est à trouver du côté de Scorsese (la même idée avec un billet de banque dans Casino), mais que n'est pas génie qui veut. Le film est d'ailleurs très scorsesien, avec ces combats moraux, voire religieux, qui hantent le héros, avec cette héroïne larguée et uniquement préoccupée de son confort, avec ces rails de coke et ces réglements de compte brutaux, avec ce fond politique, avec cette rédemption ratée. On se prend à rêver de ce qu'en aurait fait Martin, ce qui fait mesurer encore plus l'ampleur du désastre. Ici, tout est lourd, mélodramatique, fade et sans idée. Quant aux choix deslord1 musiques, c'est atterant : passer "Cocaine" de Clapton sur des images de drogue, ou "La vie en rose" sur un coup de foudre amoureux, c'est plus que de la bêtise, c'est de la crétinerie. Tous les spectateurs ne sont pas crétins, Andrew.

Politique et documenté ? Loin de là... Niccol se contente de faire du spectacle, et du mauvais spectacle, sans rien révéler, rien dire, rien tenter, la tête dans le sable et la peur au ventre. Oulà, les méchants vendeurs d'armes sans morale ! Bouh, le lobby des armes et du tabac qui bossent ensemble ! Aargh, les pauvres sierra-léoniens qui pâtissent de l'économie mondialiste ! C'est tout ? Ben oui. C'est tout. Et en plus, Nicolas Cage est crédible en ukrainien comme moi en viking.

Sur le sujet, voir plutôt Le Cauchemar de Darwin, vrai film engagé, celui-là.