Encore un chef d'oeuvre à mettre sur le compte de Bouddha, mais celui-ci arrive tout de même de domainesbirds où on ne l'attendait pas. Pendant 50 mn, Hitch brouille les pistes, et envoie d'énormes clins d'oeil aux spectateurs familiers de son oeuvre. D'où viendra le danger ? De la mère possessive (comme dans Psycho ou Notorious) ? Du mystérieux bonhomme élégant de l'ascenseur (comme dans North by Northwest) ? D'une activité cachée de l'amant (comme dans Suspicion) ? De la femme jalouse (comme dans Rebecca) ?

Cette première partie est blthebirds1uffante, en ce qu'elle ne montre absolument rien des enjeux du film. Elle développe par contre à merveille la psychologie des personnages, notamment l'héroïne du truc, un des caractères les plus fouillés de l'oeuvre de Bouddha : Melanie Daniels est un mélange de sophistication (son manteau de fourrure est franchement décalé au milieu de cette minuscule ville portuaire), de gaminerie (ses mensonges récurrents, son béguin irraisonné), de maturité (la façon dont elle affronte le danger) et de rébellion (elle deffraie la chronique des faits divers). Les rapports qu'elle entretient avec son amant, avec la mère de celui-ci, avec l'institutrice, sont parfaitement dessinés, et surtout dialogués au petit poil. On se prend alors à deviner que le vrai sujet de Hitch ne se dirigera pas vers un fim à suspense, mais vers la résolution d'un problème intime...

Bingo : sitôt les premières attaques des oiseaux arrivées, le sujet s'épaissit. L'intense beauté de cettebirdss deuxième heure réside bien entendu avant tout dans la peur, dans les effets visuels parfaits, dans la constante invention de Hitch pour varier les situations, pour développer la terreur. Le film, tout en plongées et contre-plongées, en travellings aériens et en zooms fluides, est vraiment vu du point de vue des oiseaux, et c'est du pur génie que d'arriver à rendre crédible cette façon de filmer. L'absence totale de musique, remplacée par cette bande-son impressionnante de sauvagerie, et les intenses plages de silence striées soudainement de cris, suffiraient à elles seules à déclencher l'angoisse. Cette fois, le danger ne vient pas de la psychologie déviante, d'un complot politique quelconque ou d'un meurtre, mais il est purement irrationnel, inexpliqué. Le nihilisme de Bouddha explose enfin, marié de force, toutefois, avec un catholicisme terrorisé : l'apocalypse, la fin du monde, l'impossibilité d'échapper à la mort, s'ils sont des thèmes récurrents de l'ère atomique, sont aussi des thèmes bibliques. Les oiseaux sont un fléau, au sens catho du terme. La longue scène dans la station-service, où chacun donne une explication à la folie des oiseaux (politique, religieuse, scientifique, morale...) est le point central du film : il n'y a pas d'explication, parce qu'il n'y a rien, pas de Dieu, pas de morale, pas d'innocence... C'est très puissant, très courageux, et ça donne un des plus beaux plans du cinéma : le dernier du film, écran empli totalement d'oiseaux de toutes sortes, avec la dernière cellule humaine qui quitte le champ.

birds_eyes1Mais là où la première partie du film est totalement justifiée par la seconde, c'est qu'on se rend compte que le vrai sujet d'Hitch, comme souvent, est : la famille. Peut-être bien, après tout que les attaques des oiseaux ne servent qu'à recréer une cellule familiale détruite. C'est le sens, à mon avis, des derniers plans : une famille complète, constituée de lambeaux de familles dispersées, qui se rassemble dans un monde vide de sens. Sitôt cet ordre social reconstitué, Hitch ferme son film, il n'y a plus besoin d'explication. The Birds devient alors encore plus puissant que son sujet a priori scientifique ne le faisait attendre : il devient un film sur l'amour, sur la solitude et sur la redécouverte des sentiments. Hitch livre le monde aux bêtes, en sauvant uniquement ce qui mérite de l'être : un couple, une vieille femme, une petite fille. Enorme.

Il y aurait 11000 choses à dire encore sur ce bijou (notamment, je n'y résiste pas, la porte transparente de la fin, comprenne qui pourra). Ce sera pour ma prochaine vision.

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