paristexs_1_Rien de tel qu'une grosse chaleur (j'insiste) pour se faire un film qui débute dans le désert du Mojave.

Bien que Wenders soit mort avec Jusqu'au bout duparis_teas_1_1 Moalekananjos_1_nde (mais bon sang, qui m'expliquera un jour ???? je comprends toujours pas un tel ratage...!), je dois avouer que dans les années 80, deux images de ses films m'ont hanté : l'apparition de Nastassjia Kinski dans son pull rouge dans Paris, Texas et celle angélique de Solveig Dommartin sur son trapèze dans Les Ailes du Désir. Ces images étaient tellement fortes que j'ai mis du temps à revoir Les Ailes du Désir que je connais presque par coeur maintenant ; quant à Paris, Texas, je laissais cela en sommeil jusqu'à aujourd'hui. Pas déçu, tant ce film recelle des moments vraiment magiques.

La qualité de la photo couleur de Robby Müller (déjà un génie du noir et blanc) a été rarement égalée. Vraiment, je gardais en tête quelque chose de fort mais dès les premières secondes et les plans sur Harry Dean Stanton, les pupilles frémillent. Certes, Robby abuse ensuite un tant soit peu des couleurs clipesques des années 80 (ces lumières rouges sur les herbes la nuit, ce parking nimbé d'une couleur verte, des couchers de soleil 37.2 degrétesques), mais c'est quand même très jouli, sans parler des scènes mythiques avec la glace sans tain sur laquelle je reviens vite.

Les errances de Travis sur la musique du Ry Cooder, les séquences où Travis tente de ré-apprivoiser son enfant en "jouant au père", ses longs trajets quasi-muets en bagnole où Wenders réinvente le road movie, rien à dire, c'est du classique. L'histoire file, les doutes demeurent quant au passé de Travis et au futur de l'histoire mais on se laisse porter doucement par les cadrages tout en douceur du Wim.

1984paristexas02_1_Et puis arrivent les retrouvailles en sens unique d'abord puis partagées dans les mini-cellules du peep-show, Travis redécouvrant l'image perdue de la blondissime Jane, Jane rêvant en écoutant le timbre de la voix de Travis ("Toutes les voix d'hommes me rappellent la tienne" avoue-t-elle plus tard). L'image où leurs deux visages se confondent est une seconde volée aux Dieux. Wenders compare ce monde du peep-show à celui d'un couvent (?!), les femmes étant là pour écouter les confessions des hommes. Et quelle confession que celle de Travis, avant que vienne celle de Jane. Wenders qui tournait les deux scènes du peep-show uniquement en plan séquence (même si elle sont légèrement découpées par la suite) avoue avoir passé autant de bobines pour ces 20 minutes que pour les deux autres heures du film. Mais cela valait la peine. Si la Kinski (je suis amoureux d'elle depuis tout petit, je ne peux pas être complétement objectif...) n'est pas une "immense" actrice, elle reste cela dit sûrement l'actrice la plus sous-employée de sa génération (que de bouses et de bouses...). Bref. Ces longs monologues où ils reviennent sur leurs instants de bonheur ("Chaque chose que nous faisions ensemble, traverser la rue, sortir, était pour nous vécue comme une aventure", du temps de leur amour naissant), puis surtout ces longs passages où ils parlent de leurs petites fêlures -la jalousie-, puis des grandes -l'alcoolisme pour lui, l'insatisfaction pour elle-, sont d'une justesse qui me laisse comme deux ronds de flan. Ce film est un chef d'oeuvre dès lors qu'il évoque les moments partagés pour mieux paristexas_1_s'apesantir sur les moments d'égarement, jusqu'à la rupture. Qui n'a jamais connu cela ? Grand film nostalgique et grand film tout court : Shepard -immense scénariste- et Wenders trouvent un ton d'une justesse inouïe lorsqu'il s'agit de partir à recherche de l'amour perdu (Très beau sous-titre d'ailleurs que je découvre sur cette affiche d'une édition DVD "where lost love is found"...).

Si le personnage de Travis erre, c'est qu'il a compris que l'amour est un chemin du non retour et rien que pour cela, Wenders aura mon respect infininiment.