m244_jellyfish_2siteCa commence assez fort avec une histoire qui semble taillée au petit poil pour Kurosawa : un gars, l'habituelsans_titre11 paumé, fermé et sombre, qui a fait la gloire de Kiyoshi, se prend littéralement de passion pour une méduse venimeuse que son pote lui laisse en pension. Dans ce début, il y a toute l'étrangeté quotidienne de l'auteur de Cure et de Kairo, avec une mise en scène multipiant les grands angles, plaçant ses personnages dans l'espace avec beaucoup de maîtrise. Belles lumières, acteurs au diapason, décors urbains fouillés et intelligents, musique et situations décalées, tout y est pour faire un autre très bon film, dans la veine de l'excellente carrière du maître.

Malheureusement, Jellyfish finit par retrouver les défauts de Charisma :on a l'impression, après cette première demie-heure, que le réalisateur ne sait plus trop quoi raconter, ou que au moins la simplicité de son histoire frustre ses élans de metteur en scène intello. Alors le film devient opaque, trop travaillé, trop ostensiblement étrange. Kurosawa nous perd progressivement dans cette histoire de filiation peu inspirée, et greffe à son film des scènes inutiles et ratées (le braquage des hommes-au-micro-casque par exemple). On s'éloigne progressivement du modèle (L'Anguille d'Imamura) pour découvrir un film "arty" assez laborieux et vide. Ce n'est pas en perdant les gens qu'on prouve son intelligence. La méduse est un bien bel animal, certes, mais elle est un peu à l'image du film : molle et sans émotion...