C'est le plus grand casting du monde : Cary Grant, James Stewart et Katherine Hepburn réunis, ça ne peutphilad qu'être un pied faramineux. Et ça l'est, bougre. Il y a dans les "comédies du remariage" américaines des années 40 un charme qui agit toujours irrémédiablement sur mes glandes lacrymales. Non que The Philadelphia Story soit triste, bien au contraire : mais c'est cet aspect désuet, romantique, modeste, joyeux, qui me fait penser que ma précédente incarnation était une jeune fille cinéphile de ces années-là.

Le talent du film repose surtout sur les dialogues et sur les acteurs. Il n'y a pas ce rythme incroyable des grands films de Hawks (je partage avec mon collègue Shang une passion pour His Girl Friday), ce tourbillon insensé. Mais le rythme, ici aussi, est parfait, même si moins hystérique. Il y a phiun sens inné et merveilleux du tempo des dialogues, de chaque intonation, de chaque mimique. Stewart est tout simplement grandissime, dans les scènes drôles mais aussi dans LA scène casse-gueule du film : un long dialogue de déclaration d'amour avinée, plein de phrases très difficiles à "passer" sur le clair de lune, sur les radiances de Katherine, sur l'amour éternel... Il s'en sort plus que bien, ajoutant à ces fades considérations une naïveté d'enfant, un charme juvénile. Grant prouve une fois de plus qu'il est un grand acteur comique, mais cette fois en y ajoutant cette touche de très grande classe qui fera la gloire de ses rôles sérieux, une présence très virile et très mure. Hepburn est comme toujours l'actrice qui explose tous les clichés de la femme de l'époque, libre, indépendante, à "hauteur d'homme". Le scénario est ciselé avec toute la maestria coutumière de Cukor. Et même si la mise en scène, un chouille transparente, n'est pas toujours à la hauteur, force est de reconnaître qu'on en n'a strictement rien à foutre, puisque tel quel le film remplit amplement son but : nous donner confiance en la vie, et nous donner une pêche incroyable.