buffalo_66_011Je m'attendais à un de ces bidules prétentieux, pseudo-indépendants, sexués juste ce qu'il faut pour effrayer mémé. Eh bien, comme quoi, les a-priori... Buffalo'66 est un très très joli film. Cela tient en grande partie aux deux personnages : Gallo joue un looser à fleur de peau, puceau et paumé, fébrile et recroquevillé dans son cuir ; Ricci une gaminasse rondelette, tendre, douce et calme. Les deux se rencontrent dans des circonstances assez spéciales, bon. Le film repose sur les épaules de ces deux déracinés, sur l'histoire d'amour bancal qu'ils créent doucement, l'un contre l'autre. L'humour de l'interprétation, alliée à une grande rigueur de jeu, un investissement total dans les traits simples de ces deux-là, fait des étincelles. Il faut diresans_titre9 aussi qu'ils sont aidés par un scénario certes désarmant de simplicité, mais très bien tenu, amenant ses personnages vers toujours plus de profondeur et de compréhension attentive. La mise en scène de Gallo renferme des centaines de trouvailles (l'insertion des souvenirs en split-screen, le numéro de claquettes de Ricci complètement déphasé dans la situation, le massacre dans le bar, les arrêts sur image brutaux et toujours à bon escient...), mais toujours justifiées, loin de toute l'esbrouffe habituelle à ces jeunes cinéastes ricains. Buffalo'66 est beau comme la vie, et Dieu sait combien de robustesse il me faut pour écrire une telle phrase en ce moment. C'est touchant, jamais moralisateur ou sucré, c'est à la bonne distance des êtres et des sentiments. Malgré une ou deux caricatures limites (les caméos de Huston, Gazzara ou Rourke), ce fut un vrai bonheur. Respect.