psycho3Bien, eh ben on continue dans la perfection bouddhique avec ce chef-d'oeuvre impérissable. Psycho est très redevable, à mon avis, aux petits films des Hitchcock Presents : on y retrouve, condensées en 100 minutes, toutes les petites trouvailles formelles disséminées dans les courts-métrages. la passion pour le silence, la méticulosité des gestes, le noir et blanc "télévisé", la voix off de la fin, le plaisir du suspense pour le suspense (la scène du flic est très marrante). Bien sûr, Hitch transcende tout ça pour en faire un film profond, très romantique, presque métaphysique, une sorte de quête de l'amour maternel, une version du mythe d'Orphée à l'ère du freudisme.

Inutile de revenir sur les scènes archi-connues (le premier plan, la douche, la mort d'Arbogast, l'oeil depsycho_norman Bates, la scène finale...). Ce qu'on peut retenir après l'éblouissement formel de ces séquences, c'est une fascinante angoisse face à la vie, une attirance/répulsion de la vieillesse et de la mort. Hitch commence à prendre la mort au sérieux, voilà qui change de ses amusements anglais, et qui sera confirmé avec l'univers absurde et puissant de The Birds. Le jeu excellent de Perkins (entre les intériorisations de l'Actor's Studio et les interprétations "extérieures" des acteurs habituels de Bouddha), son sens du rythme et du phrasé, sa fragilité, confèrent au film un côté très sombre, qui finit pas bouffer complètement la légèreté apparente de la forme. Psycho est un exercice de style qui se transforme petit à petit en introspection morbide (je suis en verve).

psychohuisMon seul bémol, qui empêche Psycho d'atteindre la magnificence de Vertigo par exemple, reposera sur les séquences purement informatives de la deuxième moitié du film. Peu inspiré et peu passionné par ces scènes, Hitch, pressé de faire peur au spectateur, se contente de peu, filme frontalement et paresseusement les dialogues (entre le shériff et les héros, entre autres, ou l'explication finale du psy). Autrement, chaque fois qu'il filme Perkins, ou chaque fois qu'il laisse ses images invoquer l'angoisse et la mort, son film atteint une puissance d'inquiétude et de désespoir inégalée. (Gols 18/06/06)


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Comment ne pas être emporté par ce film qui, dès le générique signé par l'éternel Saul Bass (économie de moyens, dynamisme de la chose) et mis en musique par un très inspiré Herrmann (que j'aime quand, après les grands coups de scie violonesques, la mélodie romantico-roadmoviesque se fait entendre nananin-nananin-nananin genre), montre qu'on n'est pas là pour rigoler. Pour ma part, je distinguerai quatre parties : libido, parano, psycho, schizo... On serait presque surpris, dans les premières séquences (c'est vrai que la scène de la douche a fini par tout oblitérer...), par la sensualité de ces corps qui s'enchevêtrent comme si Hitch s'était un tantinet laissé aller sur l'attraction des corps. On sent la Janet sur la brèche, un peu dépassée par cet amour qui ne peut s'exposer, exploser, au grand jour mais on ne se doute point encore du petit coup de folie qui va la prendre... L'ami Gols évoque le personnage du flic (cette grosse mouche à merde qui sent l'embrouille mais qui est encore une fois incapable d'agir, n'apportant qu'une source d'angoisse supplémentaire à la fuite en avant de Janet), j'ajouterai celui du boss dont le regard troublé, lorsqu'il surprend son employée dans sa bagnole, est terriblement fort. Janet sourit sur le coup mais on sent son cœur s'arrêter. Un ultime coup d’œil au boss toujours un brin interloqué puis elle redémarre... Surviennent alors ces petites séquences que j'affectionne où la Janet s'imagine toutes les petites discussions qui peuvent avoir lieu dans son dos... On sent parfois qu'elle s'en amuse mais qu'elle augmente ainsi aussi elle-même son stress : elle s'est barrée sur un coup de tête et plus elle songe aux conséquences, plus un début de panique l'étreint ; lorsqu'au réveil, elle tombe sur ce flic qui la mate, c'est un cauchemar éveillé ; mais elle parvient encore, malgré tous les films qu'elle se joue dans sa tête, à garder un certain sang-froid - elle est encore libre de son destin...

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Et puis surgit Anthony Perkins... On a tendance à oublier ce grand corps un peu mou, ce sourire adolescent et cet éclat dans le regard  dans les premières scènes... Puis, lors de ces merveilleux cadres dans la pièce aux animaux empaillés, on prend conscience de la menace que ce type peut représenter (ce plan avec cette chouette menaçante au-dessus de lui, comme une image de son subconscient : il semble déjà prêt à fondre sur sa proie). Une ptite douche puis au lit... Tu parles... J'avais oublié pourquoi je m'étais toujours méfié des rideaux de douche, cet accessoire traître qui t'empêche de voir ton assaillant et qui te sert ensuite de linceul. La disparition de la bagnole dans ce marigot couleur mazout est également un must en soi et Dieu sait que j'en ai vu des bagnoles englouties dans les 14758 films noirs jusque-là visionnés. Après, c'est vrai que l'enquête prend un peu le pas sur les scènes marquantes, mais j'aime bien malgré tout ce détective Arbogast, pugnace et sûr de lui - qui fait un peu trop le malin ? et bien oui, puisqu'il tombera sur les reins après une chute d'escalier aux airs d'escalator (cela m'a d’ailleurs remis en mémoire la version de Van Sant avec le regard terrible du gars William H. Macy lors de cette chute - il n'y a bien que cela dont je me souvienne d'ailleurs dans ce remake, c'est dire...)... Après, oui, viendra le temps des explications psychologiques chères à Hitch qui ne donnent en effet pas vraiment envie d'avoir des parents ou des enfants (oui, je sais, je sens votre regard...). Mais le dénouement, avant le verbiage, garde une belle efficacité et nous balance en quelques secondes le fin mot de l'histoire - ce qui est très plaisant, j'aime ces accélération subites de l'action, mmmh. Bref, oui, on a là sans aucun doute un morceau de choix qui ne pourra qu'être piteusement copié (oh putain, cette maison de Bates, j'allais oublier gothiquement parfaite !), jamais égalé. (Shang - 21/03/22)

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